Les chanteuses doivent elles prendre un traitement substitutif à la ménopause?

La soprano Lesley Garett déclare lors d’une interview que sa voix a été sauvée par les THM, traitements hormonaux de la ménopause.
Lesley Garett est désormais âgée de 62 ans, la soprano a connu une ménopause précoce qui lui a valu un traitement substitutif hormonal.
« Nous perdons les aigus lorsque nous sommes ménopausées. » La soprano a révélé qu’elle avait pris une thérapie hormonale, qu’elle décrit comme « la drogue la plus merveilleuse », pendant 20 ans après avoir été ménopausée et cela lui a permis de maintenir et prolonger sa carrière.
Pour conserver la voix dans toute sa dimension, ajoute Lesley Garett, « J’ai entretenu ma technique vocale en prenant des cours de chant chaque semaine de ma vie pendant 40 ans, mais cela tient essentiellement en trois lettres : TMH. C’est le sauveur de la soprano. Je l’ai pris depuis 20 ans parce que j’ai eu la ménopause très tôt, six mois après la naissance de ma fille. »
Lesly Garett travaille auprès des compagnies d’opéra et des compositeurs afin d’améliorer la représentation des femmes âgés dans l’opéra. Elle confie au Daily Telegraph : « Nous sommes habitués à entendre des actrices plus âgées se plaignant de ne plus trouver des rôles décents. Et bien, c’est la même chose dans l’opéra, mais nous sommes décidés à faire quelque chose à ce sujet. »

Les troubles de la voix chantée et parlée lors de la ménopause

Lors de la préménopause les ovaires sécrètent de moins en moins d’oestrogènes, la progestérone s’effondre. Le taux d’hormones ovariennes circulant devient d’abord irrégulier, signant la survenue prochaine de la ménopause.
Le docteur Y. Ormezzano précise qu’en « ce qui concernent la voix l’atteinte est progressive et débute dès la périménopause.
Peu à peu la femme constate une gêne dans ses aigus qui perdent un peu de timbre
Les graves deviennent également moins riches en harmoniques
Et enfin apparait une diminution de sa tessiture : elle peut parfois atteindre une tierce, ce qui est beaucoup pour une chanteuse classique. »
« Parallèlement aux signes courants de la ménopause, bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, tensions mammaires, cycles irréguliers, certaines femmes présentent une sécheresse muqueuse : certes vaginale, mais aussi au niveau du conduit vocal, induisant une sécheresse buccale, des picotements au niveau du pharynx, un hemmage. Faute de pouvoir sans cesse réhumidifier leur muqueuse, par exemple avec de la salive, les chanteuses signalent une difficulté à la fin des longues phrases. »
La ménopause entre dans sa phase effective, les œstrogènes ne sont plus sécrétés par les ovaires, les androgènes (hormones mâles), qui sont également sécrétés en faible quantité chez la femme, deviennent plus actifs car non contrebalancés par les œstrogènes et de ce fait l’organisme devient plus réceptif à ces sécrétions.
Alors, indique le docteur J. Abitbol, « on assiste à un épaississement des cordes vocales, à une trophicité musculaire du galbe vocal moins souple. La voix devient grave et se masculinise »
Par ailleurs, ajoute J. Abitbol, « la commande de notre larynx se fait par le nerf vague. Sa rapidité de réponse est accélérée par l’imprégnation œstro-progestative. Ainsi, du cerveau au larynx, du fait d’une diminution radicale de sécrétion d’œstrogènes à la ménopause et d’arrêt de sécrétion de progestérone, on assiste à un ralentissement de la conduction nerveuse.
De ce fait la réponse vocale est légèrement plus lente, ce qui peut être gênant pour le changement rapide de fréquence dans la voix chantée. Enfin plus tardivement le vibrato (sept vibrations par seconde) ne peut plus être tenu. On observe l’évolution vers le trémolo (quatre vibrations par seconde).

Le docteur Y. Ormezzano, qui prend en charge des chanteurs, conseille la prise de traitement hormonal substitutif qui a l’avantage d’améliorer la qualité de vie et les troubles inhérents à la ménopause. « On s’en doute, les désordres vocaux liés à la ménopause seront tout autant épargnés à la femme à qui on aura proposé un THS. Toutefois la prise d’hormones doit se faire sous contrôle médical, car il existe des contre-indications ». Le traitement n’est pas toujours possible et pas toujours souhaité.
D’autant que les traitements hormonaux de la ménopause font l’objet de discussion sur le risque d’augmentation du cancer du sein notamment.
Les bénéfices du traitement hormonal pour la ménopause
« Les traitements hormonaux de la ménopause (THM) ont été largement prescrits, sur de longues durées à de nombreuses femmes, eu égard à leurs bénéfices. Depuis 1998, plusieurs complications liées à ces traitements ont été mises en évidence et leur prescription a régulièrement diminué dans le monde. En 2003, au vu des résultats des différentes études, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a émis des recommandations restreignant l’usage des THM à des traitements sur de courtes périodes et uniquement en cas de troubles de la ménopause entraînant une altération de la qualité de vie.
Les THM visent à compenser la carence en œstrogènes. Leur efficacité sur les symptômes causés par l’insuffisance en œstrogènes est bien établie car le traitement réduit la fréquence et la sévérité des bouffées de chaleur, améliore la sécheresse vaginale et les troubles de la sexualité et réduit le nombre de fractures osseuses (hanches, poignets et vertèbres).»[4]
Les risques du traitement hormonal pour la ménopause
«En revanche, la prise de ce traitement peut aussi entraîner des conséquences indésirables.
Il est désormais bien démontré que l’administration de THM à base d’œstrogènes seuls augmente de façon significative le risque de cancer de l’endomètre. Ce risque est diminué, voire annulé, en cas de prise d’un progestatif en même temps que ces médicaments.
L’administration de THM à base d’une combinaison d’œstrogènes et de progestatifs entraîne une augmentation du risque de cancer du sein liée à la durée d’utilisation, en particulier après 5 ans de prise du traitement. L’utilisation de progestérone naturelle n’est pas remise en question, contrairement aux progestatifs de synthèse qui ne protègent pas contre le cancer du sein.»
A ce sujet, le docteur Y. Ormezzano ajoute : « Personnellement, je trouve déjà suffisamment de raisons valables pour instituer un THS chez une femme qui n’utilise pas sa voix : il n’y en a donc que plus à le recommander vivement à celles qui pourraient être vocalement pénalisées par la disparition de l’imprégnation hormonale féminine ! Mon expérience personnelle montre que les chanteuses sont plus sensibles à ces arguments que les comédiennes ou les enseignants. Faut-il pour autant prendre ce traitement « à vie » ? En cas d’activité vocale certainement ; au moment où l’on « se retire », les avis divergent encore car le recul n’est pas encore suffisant. »

Rédacteur Docteur A. Arcier, président fondateur de Médecine des arts®
Médecine des arts est une marque déposée®, Copyright Médecine des arts©
article édité le 19/07/2017

Voir mes articles sur l’influence hormonale
sur la voix dans « Santé du chanteur »: Boite vocale.

Écouter de la musique peut-il nuire à la créativité ?

creativite-musique[1]Il est courant d’affirmer que la musique de fond améliore la créativité. Mais existe-t-il un faisceau de preuves suffisantes pour confirmer cette affirmation ?
Les chercheurs en sciences cognitives indiquent que la créativité implique à la fois une pensée divergente et une pensée convergente.
Une recherche menée en 2017 [1] mettait en évidence que l’écoute d’une musique « joyeuse » pourrait faciliter la créativité. L’écoute de la musique était pour ces chercheurs « utile » pour promouvoir la pensée créative et le lien entre humeur positive et créativité était pour eux probablement le mécanisme sous-jacent.
Cependant une nouvelle recherche [2] vient contester cette conclusion.
Il est utile de préciser que les chercheurs font traditionnellement la distinction entre deux types de pensées créatives, la pensée divergente et la pensée convergente. « La pensée divergente fait référence à une stratégie par laquelle de multiples idées créatives sont produites et évaluées dans un court laps de temps afin de générer des solutions potentielles pour un problème donnée. La pensée convergente permet de relier différentes idées pour trouver une solution unique et correcte à un problème.
Il est également important de noter que la résolution créative de problèmes, qu’elle repose sur une pensée divergente ou convergente, est souvent caractériser par la capacité de percevoir les composantes d’une problématique de manière nouvelle en découvrant des modèles cachés ou en reliant des idées paraissant sans rapport.»
Trois équipes de chercheurs européens ont étudié l’impact de la musique de fond sur la performance cognitive en présentant à un échantillon de personnes des problèmes de compréhension verbale censés explorer leur créativité.
Ces tests de compréhension verbale connus sous le nom de CRAT (Compound Remote Associate Task) sont couramment utilisés dans le champ des neurosciences pour étudier la résolution créative de problèmes basées sur la compréhension. Il s’agit par exemple de montrer à un participant trois mots : robe, cadran, fleur, celui-ci doit trouver un seul mot qui lui est associé. Ce mot est soleil (tenir compte des expressions anglophones, sundress – robe d’été, sundial – cadran solaire et sundflower – tournesol).
Les chercheurs ont utilisé trois expériences impliquant des tâches verbales. Ils ont demandé aux participants de l’étude de résoudre les problèmes dans des environnements différents :
Environnement silencieux
Dans un environnement sonore selon trois types de musiques de fond différentes :
Musique avec paroles étrangères (donc peu familières)
Musique instrumentale sans parole
Musique avec des paroles familières
Le Docteur Neil McLatchie de l’Université de Lancaster engagé dans cette étude précise : « Nous avons trouvé de fortes preuves d’altération de la performance cognitive lors de la présence d’une musique de fond par rapport à un environnement calme sur le plan sonore ». Lorsque les participants écoutaient de la musique tout en accomplissant les tâches verbales, leur rendement était « considérablement réduit » par rapport à un environnement calme.
Pour ces chercheurs, il est possible que la musique perturbe la mémoire de travail verbale, altérant par conséquence le traitement cognitif d’un problème.
Concernant la troisième expérience consistant à l’exposition à une musique avec des paroles familières, celle-ci nuit également à la créativité quelle que soit sa capacité à stimuler positivement l’humeur, à être appréciée par les participants ou si les participants étudiaient de manière habituelle en présence de la musique. Ainsi, la créativité est altérée même si le participant ressent une humeur positive après avoir entendu une chanson qu’il connaissait bien.
Les résultats de cette étude remettent en question l’opinion populaire selon laquelle la musique favorise la créativité et démontrent que la musique indépendamment de son contenu sémantique (pas de parole, paroles familières ou non familières) et de son contenu émotionnel (émotion positive) perturbe constamment la performance créative dans la résolution de problèmes de compréhension.

Rédacteur Docteur A. Arcier, président fondateur de Médecine des arts®
Médecine des arts est une marque déposée®

Trac: Témoignage de Marina Chiche, violoniste

Quatre stratégies puissantes pour combattre le trac ou l’histoire du taureau, du panda et du singe

Aujourd’hui j’aimerais vous parler d’un gros mot, enfin, d’un mot un peu « tabou » : le trac ! Grrrr…
Longtemps j’ai balayé ce sujet d’un revers de la main. On me posait souvent la question de savoir si j’avais le trac et je répondais aussitôt :
« Moi, non, je ne suis pas traqueuse ! »
Un peu comme si le fait d’en parler réveillerait les mauvais esprits. 👻
De manière quasi superstitieuse, je contournais la thématique.
Et puis, au cours de ces dernières années au fil de mon expérience en tant que concertiste et aussi en tant que professeur, j’ai rencontré maintes fois cette question et j’aimerais partager avec vous ce que j’ai appris.
Qu’est-ce que le trac ? 😱
Tout d’abord entendons-nous sur la définition.
Le trac, c’est un drôle de mot qui semble porter une connotation bien négative et qu’on associe souvent avec l’autre gros mot qu’est le « stress ».
Vous connaissez sans doute tous cette sensation d’inconfort avant une prise de parole en public.
En allemand on distingue deux expressions qui recouvrent deux réalités différentes : « Lampenfieber » (littéralement la fièvre sous les lumières de la rampe) et « Aufführungsangst » (la peur de la performance). La première expression a une connotation bien plus positive que la deuxième. C’est qu’il est judicieux de faire la différence entre un trac « porteur » et un trac « inhibiteur », on pourrait dire un stress positif et un stress négatif. J’y reviendrai un peu plus tard.
En tout cas, l’expérience de la scène semble être associée aux réactions de stress, qu’elles soient physiologiques ou mentales : accélération du rythme cardiaque, tremblements et moiteur des mains pour certains, pensées d’anticipation négatives pour d’autres…
« Trac » viendrait de la réaction d’un animal traqué. Alors, instinct de survie avant tout (vous vous souvenez, je vous en parlais dans mon précédent article sur les festivals de musique de chambre). On dénombre comme pour le stress trois réactions : fuite, paralysie, combativité.
Bon, j’ai tendance à exclure la fuite de mon répertoire des réactions acceptables. Pour autant, on a déjà vu des annulations de dernière minute pour cause de trac insoutenable.
Il peut sembler étrange de parler de survie, de lutte ou de fuite, alors qu’a priori, au moins à l’âge adulte (!), personne ne nous force à monter sur scène. Et en plus, il faut bien le dire, beaucoup d’artistes avoueront qu’ils aiment ça, être sur scène.
Alors, masochisme ? Pourquoi pas. Mais en fait, il me semble que ces deux réalités ne sont pas incompatibles. On peut adorer se produire et redouter la scène en même temps.
Il faut d’ailleurs parfois se « sur-monter » pour monter sur scène.
Je me souviens d’un épisode étrange la veille de mon concours d’entrée au CNSM de Paris, j’avais 16 ans. Apparemment j’avais dit toute la nuit dans un demi-sommeil, (ma mère et ma soeur confirmeront) : « Je n’ai pas envie de jouer mais j’ai envie de bien jouer! »
Bref ! Chacun a son cocktail personnel de peur et d’excitation, d’envie d’y aller tout en gardant un œil sur la porte de sortie pour pouvoir s’échapper au plus vite, juste au cas où.
Et puis, la relation à la scène peut être évolutive. Cela change selon les périodes.
Beaucoup de mes collègues se souviennent d’une période d’innocence avant des phases plus compliquées à l’adolescence, au conservatoire ou lors des concours internationaux.
Ah, elle est loin, l’innocence de la petite enfance, où j’avais juste très envie de jouer. Peur de rien. En toute simplicité

La scène, lieu de tous les dangers… ou presque 👻
De la fausse note au trou de mémoire, de la peur du ridicule à la peur du jugement des autres (et de soi !), monter sur scène, vous l’aurez compris, peut faire peur.
Faut-il rappeler qu’en anglais, on dit « stage fright » ? la peur de la scène…
Même si on ne la ressent pas toujours consciemment, cette peur, on sait que tout peut se produire, comme si d’autres lois régissaient cet espace : peur de l’inconnu avant tout.
On est rarement complètement en « sécurité » (métaphorique, j’entends) ; un peu comme si un tigre était présent sur scène avec nous, dans une cage – peut-être pas si fermée que cela. Peut-être qu’il dort ou qu’il est calme, mais personne n’est à l’abri ! 🐯
Prenons un peu de recul : est-ce que ces dangers sont réels ou imaginaires ?
La dimension irrationnelle attachée à la scène fait que le niveau de stress vécu par les musiciens peut sembler disproportionné. En effet, quels sont les risques du métier? Un chirurgien a une vie entre ses mains, un torero peut y rester… Mais à ma connaissance, un musicien n’a jamais tué personne avec une fausse note…!
quoique ?
Dans l’anticipation, certains passent par toutes les couleurs. Envie de vomir, insomnies avant l’entrée en scène, malaises, et même pendant !
On se souvient de quelques sorties de scène mémorables de grands artistes, non satisfaits de leurs performances. Le fantastique pianiste polonais Piotr Anderszewski était sorti de scène lors du Concours de Leeds en 1990. Le phénoménal violoniste russe Philip Hirschhorn aussi était célèbre pour ses sorties de scène rageuses.
C’est qu’il est parfois dur de concilier l’expérience du « live » avec les injonctions de perfection auxquelles notre époque abreuvée de disques est habituée.
Vous vous souvenez de la phrase de Heifetz dont je vous parlais dans un de mes articles précédents.
« Pour jouer du violon, il vous faut les nerfs d’un torero, la vitalité d’une hôtesse de boîte de nuit et la concentration d’un moine bouddhiste ».
Il faut savoir prendre le taureau par les cornes, ou le contourner selon les contextes.
En tout cas, le regarder droit dans les yeux.
C’est parti ! Olé ! 🐮💃
Les stratégies 🤓
J’aime à penser que la scène est comme un animal qui se dompte et que gérer son trac ou plutôt s’approprier son expérience sur scène est un art à développer et surtout à pratiquer.
La situation de scène s’étudie, s’essaie, s’expérimente. Et à chaque fois, on en ressort peut-être un peu meurtri mais sûrement grandi.
⚠️ Un bémol toutefois ! Souvent ces apprentissages sont des constructions éphémères. Quand on se dit qu’on a trouvé la recette magique, on peut être quasi sûr que la fois suivante,cela ne fonctionnera pas. Car… il n’y a pas de recette magique – comme dans Kungfu Panda 🐼
Les facteurs qui constituent l’expérience sont trop changeants. Comment on a dormi la veille, comment on se sent le jour J, avec qui on joue, ce qu’on joue etc…
Pour autant, on peut observer des principes. Les neuro-sciences se sont d’ailleurs penchées sur la question.
Et voici quelques stratégies ou modes de pensées qui me semblent intéressant de noter.
1. Ne pas combattre 🏹

Pour combattre le trac, tout d’abord il faut ne pas vouloir le combattre ! Cela peut vous sembler un avatar de technique non-violente peu à-propos. Pourtant c’est le point de départ.
En somme, il ne faut pas essayer de l’éviter. Je dirais même, il faut s’y attendre ! Ce « tour à 180° » comme on dit en coaching peut vous sembler très contre-intuitif.
Combien d’élèves viennent me voir en me demandant comment faire pour être « relax », « détendus ». Pas moyen ! J’aime les choquer en poussant le vice un plus loin, en leur disant : « il faut vouloir avoir le trac ! »
Si, si !
En effet, c’est là que se niche une source insensée d’énergie et d’inspiration. D’un point de vue physiologique, c’est de là que va provenir la sécrétion d’adrénaline qui va nous rendre hyper-performant et qui va nous donner un sixième sens. On entend mieux, on voit mieux, notre perception est au top – « à l’affût » comme le montrent plusieurs études (neuro-sciences et musique : je vous en parle bientôt !).
Évidemment, trop d’adrénaline peut aussi nous faire franchir le seuil, la « zone » et là, l’effet devient inhibiteur. Le tout est d’arriver à favoriser les conditions afin que ce « stress » ne soit pas inhibiteur mais au contraire stimulant, favorable à l’expression de notre potentiel maximal.
Équilibre complexe, certes.
Et beaucoup de mes collègues seront d’accord avec moi. Le pire, n’est-il pas de ne pas « avoir peur » avant d’entrer sur scène ?
Car la prise de conscience du « danger » peut se produire d’un coup, sur scène. Comme un pilote de formule 1 qui réaliserait en plein virage qu’il est en train de rouler à 300 km/h. Et là, compliqué de bien réagir… 🏁
Alors, parole de torero 😏: il vaut mieux regarder le taureau droit dans les yeux avant d’attaquer !
2. Activer une spirale vertueuse 🌀💫
Au cours de ma formation, j’ai développé une méthodologie qui m’a beaucoup aidée et qui distingue trois niveaux : le mental, l’émotionnel et le corporel.
🤓
Cela est valable pour prendre la parole devant un public aussi !

L’idée est que ces trois niveaux sont interconnectés et qu’un lien dynamique les relie. ♻︎
Mes pensées ont un lien avec les émotions et mes émotions vont se traduire physiquement. Ainsi s’installe un cercle soit vicieux, soit vertueux.
Si mes pensées sont négatives, je vais me sentir triste, désespérée ou autre et mon corps va se contracter.
Si je me sens nerveuse, mes pensées négatives vont s’emballer et idem, mon corps se tend trop.
A l’inverse, si je ressens la joie d’aller sur scène, mes pensées d’anticipation vont être positives, mon corps s’ouvre, je respire ou
si j’ai bien dormi, je me sens bien dans mon corps, je me sens en pleine puissance de mes moyens (pensées positives) etc… Vous avez compris le principe, n’est-ce pas ?
Le but est d’arriver à trouver un point d’entrée, un levier pour renforcer ou inverser la tendance.
Ainsi je vais essayer de taper à la porte de chacune des dimensions évoquées et de manière très pragmatique, voir ce dont j’ai besoin aujourd’hui et maintenant (vous vous souvenez : pas de recette magique !).
Je vais donc choisir un focus sur lequel porter mon attention.
Par exemple, un focus corporel très important peut être la respiration ou bien, sentir le contact de mes pieds sur le sol. Ce qui va me donner une sensation d’ancrage et donc de sécurité, etc…
Cela peut être aussi plus « technique » : ressentir le pouce de ma main droite (toujours une bonne idée !).
Un focus mental peut être de convoquer des pensées porteuses : se remémorer des expériences positives, me laisser guider par une idée-force ou me rattacher à un mot-clé ou concept (projeter le son jusqu’au dernier rang).
Un focus émotionnel peut être de me connecter à la joie contenue dans telle pièce de musique ou à l’amour que je porte à cette pièce depuis petite.
Bon, je vous laisse expérimenter avec cela ! Le but étant de se créer sa boîte à outils personnelle de “trucs” qui fonctionnent bien. ☺️🛠
3. Dompter son singe intérieur 🙈🙉🙊
A bas, le perfectionnisme ! 💯 ⚠︎🎯
L’ennemi numéro 1 selon moi, c’est le perfectionnisme.
Et j’en parle en connaissance de cause. Je dois sans cesse le déconstruire. En effet, dur de s’en séparer quand toute ma formation a été accès sur une exigence impitoyable.
Alors, viser la perfection dans la préparation, oui. Et au moment de jouer, basta : on oublie tout !
80% au lieu de 100% et autres astuces
Une technique mentale qui m’a beaucoup aidée est le « 80 % au lieu de 100%», autrement dit aller sur scène en s’accordant de ne viser « seulement» un résultat à 80%. Cela soulage incroyablement puisque l’enjeu n’est plus un sans-faute (concept bien relatif!). Et parfois, sur un malentendu…on peut produire un 90 ou un 95% !
J’aime aussi beaucoup l’idée que partageait Jean-Jacques Kantorow lors d’une master-classe à l’Académie Ravel. Il nous faisait remarquer que souvent, après la première erreur sur scène, on se libérait. En effet, le fantasme du 100% se dissipait et on était enfin présents.
Donc, viser de faire bien, mais pas parfait – « Good enough is good ! ».
Parfois quand mon mental résiste et que rien ne semble marcher, j’emploie la massue . 🔨
Et là, c’est la formule magique (si,si ! Elle est magique celle-là. Je vous laisse l’essayer).
C’est le « F***k it »
👉
http://www.thefuckitlife.com
Ce que je trouve vraiment porteur et qui a une portée plus philosophique, c’est une forme d’acceptation – au sens noble du terme. Finalement on monte sur scène, avec ses forces et ses faiblesses. Ne pas vouloir être quelqu’un d’autre que ce que l’on est et accepter de se montrer là où on en est.
Il y a une certaine beauté, une humilité radicale et un vrai lâcher prise dans cette attitude.
Dompter le singe intérieur ou la gestion du mental 🙈
Il est amusant de constater que ce dont on a peur sur scène relève du « vide », du manque, de l’absence : le trou de mémoire, le « black-out ». Pourtant souvent, l’ennemi, c’est le trop-plein du mental.
Alors, on se dit que l’idéal avant un concert serait de « faire le vide ». Certains pratiquent la méditation de pleine conscience ou font des méditations zen.
J’aime à envisager la problématique différemment. Il est difficile de créer du vide a priori, ou de se demander d’enlever quelque chose.
Essayez un peu avec cet impératif : « Ne pense à rien ! » …
Ce qui me paraît plus efficace parfois je trouve, c’est alors d’occuper mon mental et mon « singe intérieur » à de « bonnes choses ».
Les bouddhistes parlent de singe intérieur pour désigner un mental agité qui, tel un singe, se balade de branches en branches, les branches étant les pensées (par exemple les scénarios d’anticipations : « et si… ».)
Il est souvent difficile de calmer ce singe espiègle et hyper-actif avant un concert. Selon moi il ne s’agit pas de se forcer avec des pensées positives. Il me semble que mieux vaut détourner l’attention du singe et donc lui donner du « bon » grain à moudre. Par exemple faire quelques exercices techniques pour se chauffer, activer des pensées concrètes, physiques ou mentales.
Celles de ma boîte à outils, vous vous souvenez ?
Pour être dans le présent, rien de tel aussi que de retrouver ses sensations, revenir dans son corps par des exercices simples de respiration ou de QiGong.

Et puis, une autre chose qui vient nous occuper, moi et mon singe, c’est de consciencieusement me maquiller et mettre mes vêtements de scène. Ah, il ne faut pas sous-estimer la puissance des rituels ! En voici un qui permet de passer en « mode concert ». Je suis persuadée qu’une métamorphose a lieu dans ce moment qui peut parfois sembler futile.

4. Prepare for the worst… 🍣 and hope for the best 🙏

Practice, practice, practice
En amont, la règle, c’est : « Practice, practice, practice ». Pas au sens du nombre d’heures et de l’épuisement mais plutôt dans l’idée de se préparer au mieux, de peaufiner son artisanat un peu comme un maître sushi. Je vous avais déjà parlé de la force des « basiques », aiguiser ses couteaux !
Car on ne peut pas miser sur des miracles, même si parfois ils se produisent…
Rien de tel pour conjurer le trac que de se sentir vraiment bien préparé.
Ou l’inverse d’ailleurs. Rien de tel pour déclencher le trac que de savoir que l’on n’a pas de réserve, pas de soupape de sécurité. 🆘
C’est donc la sensation d’avoir bien préparé qui donnera aussi de la sérénité, et qui paradoxalement, fera descendre la pression de la perfection
On a fait tout ce qu’on pouvait – ni plus, ni moins.
Au moment de rentrer sur scène, on oublie tout et on fait confiance.
Bon, il y aurait encore beaucoup de techniques de visualisation et de mental training à évoquer. Promis, pour un prochain post !
Dire « oui » à la scène
… ou l’art d’accueillir l’imprévu comme une bénédiction.
Parfois tout se passe comme prévu, comme souhaité. Cela peut donner une grande satisfaction du travail bien fait, de l’accomplissement. Mais cela ne donne aucune garantie que le concert ait été bon. En effet, on peut aussi être « passé à côté » émotionnellement.
Parfois la scène réserve de sacrées surprises. D’une corde qui vient à lâcher à une partition qui tombe en cours d’exécution. Cela m’est d’ailleurs arrivé à Leicester il y a deux semaines durant le Quatuor américain de Dvořák ! J’ai dû ramasser la partition de Kristin, l’autre violoniste, tout en reprenant ma partie au plus vite !
Il m’est même arrivé, dans un moment d’enthousiasme débordant, de jeter en l’air mon archet lors d’un concert au Japon. Il s’agissait du Quintette de Dvořák avec piano avec Boris Berezovsky, Dimitri Makhtin, Miguel Da Silva et Henri Demarquette.
Heureusement l’archet n’était pas cassé (miracle, merci la moquette !) et une personne du public m’a très poliment tendu mon archet pour que je puisse continuer comme si de rien n’était…ou presque. Je vous assure que l’énergie sur scène est montée d’un cran juste après !
Un cas typique d’adrénaline pur ! Impossible de se préparer pour ce genre de situations, il faut prendre des décisions en temps réel.
C’est qu’en fait, la scène est l’espace d’improvisation par essence. En tant que musicien classique, on peut être tenté de résister à l’idée. Mais c’est ainsi.
Il n’y a pas que les jazzmen qui sont amenés à gérer avec les moments d’imprévus. J’ai d’ailleurs beaucoup appris en m’aventurant dans des jam-sessions récemment.
Et c’est d’ailleurs dans des moments d’abandon et d’imprévu que se produisent les perles du « live ».

La force de l’intention ⚽️
Pour finir, il me semble que ce qui l’emporte sur toutes ces techniques, c’est le simple fait de se remémorer pourquoi on va sur scène, ou plutôt pour quoi.
Dans les moments de doute, il est vrai qu’on peut oublier les raisons profondes qui font aller sur scène. On peut aussi ressentir une hostilité de la part de certains publics (hostilité réelle parfois 😱) dans des contextes de compétition ou projetée aussi, à cause de mauvais souvenirs ou de peurs externalisées.
Mais si on se souvient que l’intention d’aller sur scène provient d’un désir profond de diffuser de la musique que l’on aime intensément, au centre de la scène se retrouvent l’œuvre, l’onde sonore et le compositeur et c’est une logique de partage qui nous porte.
On peut alors être dans la générosité, dans l’engagement total, sans retenue.
Jouer avec ses tripes, « mouiller le maillot » comme on dit en foot.

Car, pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, le but ultime, n’est-il pas de vivre une « expérience partagée » avec le public ?

Diplôme Européen Médecine des Arts Musique 2018

deepdip

Heureuse!

Formateurs: Mme Isabelle Campion et Mr. Philippe Chamagne (Kinésithérapeute spécialisé dans la rééducation du musicien); Mme Elisabeth Fresnel (Anatomie et physiologie de l’appareil vocal); Mr. Raphaël Sikorski (La voix chantée); Mme Evelyne Shapira (Pédagogie du souffle phonatoire); Mme Maryvonne Fournier (Physiologie de la langue), Technique Alexander et Feldenkrais …

Des maladies des maîtres de musique, des chanteurs

 

Des maladies des maîtres de musique, des chanteurs

Ramazzini est le premier médecin qui en 1700 a traité de la santé des artistes dans un de ses ouvrages. Le chapitre 37 est ainsi intitulé, « Des maladies qui attaquent les maîtres de musique, les chanteurs, et tous ceux en général qui exercent leur voix ».
Ce texte n’avait pas été édité depuis sa première traduction à la fin du XVIIIe siècle. Les Editions Alexitère en respectant le style de l’époque tout en l’adaptant à une lecture actuelle ont réédité cet ouvrage. L’ouvrage est remarquable, excellemment écrit.
Ramazzini

Des maladies du travail

Préface de la réédition française de cette ouvrage par Bernard Kouchner

Merveilleux ouvrage que ce « De morbis artificum diatriba » traduit et commenté par De Fourcroy, et belle jeunesse d’un livre qui fêtera bientôt ses trois siècles ! L’auteur, Bernardino Ramazzini, médecin italien de talent et de verve, décrit dans la langue savoureuse de son siècle, avec un exceptionnel talent d’observation, les causes professionnelles des maux qui mutilent les artisans de différentes corporations de son époque. Voilà de l’humanitaire et du social avant que la mode n’en vienne.
Ramazzini est un homme curieux et précis. Citant dans sa préface Hippocrate, « il faut demander au malade ce qu’il sent, quelle en est la cause, depuis combien de jours », il écrit : « Mais qu’à ces questions il me soit permis d’ajouter : et quel métier fait-il ? Suivent cinquante-deux chapitres où les différents métiers et leurs nuisances sont étudiés. Humanitaire, l’auteur était également écologiste.
Il préconise le lavage des mains chez les sage-femmes, bien avant Semmelweiss. Il remarque que les artisans qui manipulent les grains parasités présentent des manifestations asthmatiformes. L’intoxication au mercure est détectée et décrite chez les mineurs, les doreurs ou chez les médecins qui administrent les frictions mercurielles, ainsi que chez les miroitiers : « A Venise dans l’île de Murano… ces malheureux se voient à regret et dans leurs ouvrages se peint leur malheur ».
Toutes les professions sont de la sorte disséquées par cet observateur à la fois sociologue, journaliste et médecin, des « maîtres de musique » à ceux qui « vont à cheval », des « confiseurs » aux aiguiseurs de rasoirs ». Le temps est passé sans dommage sur ces observations : tout cela se lit avec plaisir, l’ouvrage émaillé de traits d’humour est loin d’être rébarbatif. Evoquant le chirurgien Berengarius : « Ce dernier gagne avec ses frictions mercurielles plus de 500000 ducats d’or ; on peut donc dire avec vérité que Berengarius sait beaucoup mieux que les alchimistes transformer le mercure en or ». Identifiant les victimes et désignant avec sagacité leurs bourreaux, Ramazzini était largement en avance sur son temps. Il faisait preuve d’un grand courage à bousculer ainsi les idées reçues. On peut sans guère se tromper le tenir comme un précurseur sinon le père de la médecine du travail moderne. Ce n’est pas rien : défendre la victime en l’an 1700 est œuvre révolutionnaire au sens noble du terme. Il n’a d’ailleurs pas été parfaitement entendu. Il faut également féliciter les hommes qui ont exhumé et édité ce texte important dans l’histoire des idées.
Voilà un des ancêtres de l’action humanitaires qui se retrouve enfin à l’honneur. Une injustice est réparée. La précoce avancée de Ramazzini s’inscrivait et s’inscrit encore dans cette valeur moderne qui nous paraît universellement exportable, la plus révolutionnaire et la plus nouvelle : les droits de l’homme.

Bernard Kouchner

En réfléchissant sur le grand nombre d’avantages que les arts ont produits à l’homme, on serait d’abord tenté de croire qu’il ne manque plus rien à son bonheur, qu’il jouit en paix de tous les biens, qu’il change à son gré les productions de la Nature, et qu’il est le maître de tout ce qui l’environne. De là des génies enthousiastes ont célébré sa puissance et, non content de la constituer Roi de la terre qu’il habite, ils ont osé même le comparer aux dieux. L’homme, ont-il dit, a mesuré le ciel et les mondes qui y sont dispersés ; il a changé la surface de son globe ; il a pénétré dans ses profondeurs ; il en a tiré les richesses les plus précieuses. Son génie ne s’est pas borné là. Parmi le grand nombre d’individus qui vivent avec lui soit fixés à la terre sous le nom de végétaux, soit jouissant comme lui de la locomobilité, il a distingué avec exactitude l’utile du dangereux, le poison de l’aliment ; et son adresse suppléant à sa force, il a terrassé ces animaux furieux que la Nature semble avoir armés contre lui.
Mais qu’un examen réfléchi trouve cet éloge outré ! Que de maux ne voit pas le philosophe dans la source même de tous ces biens prétendus ! En effet, ces hommes qui arrachent à la terre des métaux qu’elle recèle, ne périssent-ils pas souvent sur l’or qu’ils retirent ; les flots tumultueux ne servent-ils pas de tombeau à plusieurs de ceux qui les bravent ? Ces astres dont l’homme a mesuré le cours, ne dessèchent-ils pas ses moissons par leurs mauvaises influences ; ce globe dont il a sillonné légèrement la surface ne s’entrouvre-t-il pas souvent, et n’enfouit-il pas des villes entières dans ses profondeurs ? Les serpents que les naturalistes ont décrits et disséqués, les végétaux dont ils connaissent la forme, l’organisation même et l’économie, n’ulcèrent-ils pas leurs entrailles, ne portent-ils pas dans leurs fluides des principes coagulants et délétères, n’attaquent-ils pas même quelquefois la vie dans son foyer ? Enfin, le fusil qui terrasse les bêtes fauves ne sert-ils pas à se détruire mutuellement et n’a-t-on pas milles exemples qu’il n’épargne pas même le chasseur imprudent ?
A cette réponse, que deviennent ces titres pompeux de Roi de la terre et des animaux prodigués à l’homme avec tant de complaisance ? A quoi sont réduits sa puissance et son génie ? N’est-on pas forcé de convenir, de bonne foi, que la somme des maux qui l’accablent égale au moins celle des biens dont il jouit, si elle ne la surpasse, et les éloges qu’on lui a prodigués ne doivent-ils pas se changer en lamentations sur son sort ? Telle est donc la malheureuse condition de l’homme que pour se procurer les biens dont il a besoin dans l’ordre de la société, il s’expose aux plus grands maux. En effet, outre les maladies que sa faible constitution, ses fautes dans le régime, l’air même qu’il est obligé de respirer, lui causent, il en est une classe inévitable encore et plus meurtrière, parce que la cause qui leur donne naissance agit sans cesse sur lui. Ce sont les maladies auxquelles les arts exposent ceux qui les exercent. On ne peut douter de l’existence de ces maladies particulières, et les malheureuses victimes ne sont que trop fréquentes, dans nos grandes villes surtout, où le luxe est porté à son comble…

De Fourcroy

Il y a dans la société des hommes assez mal intentionnés pour accuser la Nature, cette mère bienfaisante de tous les êtres, de n’avoir pas veillé sur l’espèce humaine avec assez de prudence et de circonspection, et de n’avoir pas prévu tous les dangers auxquels l’homme est exposé par les circonstances de sa vie. Ce reproche se trouve dans des livres, et est souvent répété dans la conversation. Cependant la plus injuste querelle qu’on lui suscite à ce sujet et qui lui fait donner si mal à propos le titre de marâtre, c’est d’avoir forcé l’homme à pourvoir chaque jour à l’entretien et à la conservation de sa vie, qui, sans ce secours, serait bientôt détruite. En effet le genre humain, délivré de cette nécessité, ne connaîtrait aucune loi et ce monde que nous habitons changerait bientôt de face. Aussi Perse n’a-t-il pas regardé la main comme la plus industrieuse des parties corps, et a-t-il si ingénieusement appelé l’estomac le maître des Arts (Magister artis, ingeniique largitor Venter).
Ne serait-il donc pas permis d’assurer que cette nécessité, qui donne aux animaux, même les moins raisonnables, un instinct presque ingénieux, a fait naître tous les arts, soit mécaniques, soit libéraux, qui malheureusement sont altérés par quelques maux, ainsi que tous les biens dont l’homme jouit ? En effet, ne sommes-nous pas forcés de convenir que plusieurs arts sont une source de maux pour ceux qui les exercent et que les malheureux artisans trouvant les maladies les plus graves où ils espéraient puiser le soutien de leur vie et de celle de leur famille, meurent en détestant leur ingrate profession ? Ayant eu dans ma pratique de fréquentes occasions d’observer ce malheur, je me suis appliqué, autant qu’il a été en moi, à écrire sur les maladies des artisans. Mais comme dans les ouvrages de ces derniers, si un d’entre eux a trouvé quelque chose de nouveau, cette découverte est d’abord très imparfaite et demande à être perfectionnée par le travail de ses confrères, un ouvrage de littérature est absolument dans le même cas. Mon traité doit donc subir le même sort pour plusieurs raisons, mais principalement parce qu’il contient quelque chose de neuf. Le champ que je défriche n’a été parcouru par personne que je sache et il promet une moisson intéressante d’observations sur la subtilité et l’énergie des effluves de différentes substances. Cet ouvrage, tout imparfait qu’il est, servira, j’espère, d’aiguillon aux autres médecins, et leur secours contribuera à en faire un traité complet sur cette matière, qui méritera une place dans les fastes de la médecine. La condition malheureuse de ces artisans respectables, dont les travaux, quoique vils et méprisables en apparence, sont si nécessaires et si avantageux pour le bien de la république, n’exige-t-elle pas ce service, et n’est-ce pas une dette qu’a contractée envers eux cet art, le premier de tous, qui comme l’a dit Hippocrate dans ses préceptes, donne ses secours sans intérêts et s’occupe aussi bien des pauvres que des riches ?
Pour peu qu’on réfléchisse aux avantages que les arts mécaniques ont apportés à la société, on voit d’un coup d’œil l’énorme distance qu’il y a, à cet égard, entre les nations européennes et ces barbares de l’Amérique et des autres pays reculés. C’est sans doute d’après une pareille réflexion, que ceux qui ont bâti des villes et posé les fondements des royaumes ont eu le plus grand soin des ouvriers qui les habitaient, comme nous l’apprenons dans les fastes de l’histoire. Ces grands hommes ont établi des collèges ou communautés d’artisans. Ainsi Numa Pompilius, au rapport de Plutarque, s’acquit la gloire la plus solide pour avoir réuni dans des corps différents les architectes, les joueurs de flûte, les doreurs, les teinturiers, les tailleurs, les corroyeurs, les ouvriers en cuivre, et les potiers de terre, etc. Tite-Live nous apprend qu’Appius Claudius et Publius Servilius consuls ont institué un Collège de Mercuriaux, ou communautés de marchands appelées Mercuriaux parce que Mercure était, chez eux, le dieu du commerce, comme Vulcain et Minerve occupés au travail des mains étaient, suivant Platon (De legibus), les dieux des ouvriers. Sigonius (De Jure antiquo Romanorum) et Guidus Pancirolus (De notitia utriusque Imperii) nous ont appris les droits et les privilèges accordés à ces communautés d’artisans. Ils étaient admis à donner leurs suffrages et promus aux dignités, et par conséquent, suivant la remarque de Sigonius, ils étaient comptés parmi les citoyens de Rome. Dans les Pandectes et dans les Codes, il est fait mention des matelots et des artisans ; et Jules César (L. 1. Ff. Quod cujuscumque Universitatis nomine, vel contra eam agatur) après avoir donné la liste des Collèges des ouvriers, de leurs droits et de leurs privilèges, dit qu’il leur était permis, comme à une espèce de république, de négocier par soi-même, de se choisir des députés et de se faire des lois, pourvu toutefois qu’elles ne fussent pas contraires aux lois publiques, ainsi que le rapporte Paulus (In L. Cum senatus. Ff. De rebus dubiis.). L’empereur Vespasien, si l’on en croit Suétone, a entretenu et protégé les arts tant libéraux que mécaniques, a pris soin de faire travailler assidûment et d’augmenter ainsi le gain des plus vils ouvriers. Un jour, un architecte lui ayant exposé qu’il pourrait faire conduire au Capitole une masse énorme à très peu de frais, il lui répondit : « Laissez-moi nourrir mon peuple ».
Donc puisque dans les villes bien établies, on a toujours fait et on fait encore des lois pour le bien-être des artisans, il est bien juste que la médecine concoure aussi au soulagement de ces hommes dont la jurisprudence fait tant de cas, et qu’animée par le zèle qui lui est particulier et qui jusqu’à présent ne s’est point encore montré à l’égard des ouvriers, elle veille à leur santé, et fasse en sorte qu’ils puissent exercer avec plus de sûreté et moins de crainte l’art que chacun d’eux professe. J’ai employé, à cet effet, tout l’effort dont je suis capable et je n’ai pas dédaigné de visiter quelquefois les boutiques et les ateliers les plus vils, pour y observer avec soin tous les moyens usités dans les arts mécaniques : j’ai cru qu’un pareil travail ne serait pas inutile dans un temps où la médecine est réduite presque toute entière à la mécanique, et où les écoles ne retentissent que de l’automatisme.
J’espère toutefois trouver grâce auprès de nos célèbres professeurs, s’ils veulent bien réfléchir que dans une seule ville, ou dans un seul pays, tous les arts ne sont point mis en pratique, et que chaque lieu a les siens propres qui peuvent donner naissance à différentes maladies. Je ne me suis attaché en parcourant les boutiques des ouvriers (qui sont, à cet égard, la seule école où on peut s’instruire), qu’à décrire ce qui peut intéresser les curieux et surtout fournir des moyens de guérir ou de prévenir les maladies qui attaquent les artisans. Je conseille donc au médecin qui visite un malade du peuple de ne point lui tâter le pouls aussitôt qu’il est entré, comme on a coutume de faire sans même avoir égard à la condition du malade, et de ne point déterminer presqu’en passant ce qu’il a à faire en se jouant ainsi de la vie d’un homme, mais plutôt de se croire un véritable juge, et de s’asseoir quelque temps sur un simple banc comme sur un fauteuil doré, et là, d’un air affable, d’interroger le malade sur tout ce qu’exigent et les préceptes de son art et les devoirs de son cœur. Il y a beaucoup de choses qu’un médecin doit savoir, soit du malade, soit des assistants ; écoutons Hippocrate sur ce précepte : « Quand vous serez auprès du malade, il faut lui demander ce qu’il sent, quelle en est la cause, depuis combien de jours, s’il a le ventre relâché, quels sont les aliments dont il a fait usage ». Telles sont ses propres paroles ; mais qu’à ces questions il me soit permis d’ajouter la suivante : quel est le métier du malade ? (Liceat quoque interrogationem hanc adjicere : et quam artem exerceat ?). En effet, quoique cette demande puisse se rapporter aux causes occasionnelles, elle me paraît néanmoins à propos et même nécessaire à faire à un malade du peuple. Cependant je remarque ou qu’on l’oublie assez souvent dans la pratique, ou que le médecin, qui sait d’ailleurs la profession du malade, n’y fait pas assez attention, quoiqu’elle soit capable d’influer pour beaucoup sur le succès de sa cure. C’est dans ces vues et pour contribuer au bien de la république et au soulagement des artisans, que j’offre mon traité au public. Je prie le lecteur de le recevoir avec bonté et d’en excuser les fautes en faveur du sujet.
Ramazzini

Musiciens et chanteurs, attention aux piscines chlorées

Une exposition régulière au chlore de piscine durant l’enfance majorerait le risque de crise d’asthme.
L’Exposition au chlore des piscines pourrait augmentée le risque d’asthme et imposer des précautions supplémentaires pour les musiciens instrumentistes à vent et les chanteurs.

Rhinites et asthmes majorés

Ces dernières années on a pu constater une augmentation des rhinites et des crises d’asthme. La proportion de jeunes souffrant d’asthme a été multipliée par 3 depuis les années 70. La fréquentation des piscines augmenterait ce risque. Cette hausse touche particulièrement les pays qui se sont dotés de nombreuses piscines (Allemagne, Angleterre, Belgique, France).
On sait par ailleurs que les nageurs professionnels sont victimes d’asthme de manière bien plus fréquente que la population générale du même âge. Selon certaines études, 25 % des nageurs professionnels souffrent d’asthme.

Des résultats de recherche convergents

Devant ce constat, une équipe de recherche à lancé des travaux pour évaluer ce problème.
L’étude menée sur un échantillon de près de 1000 enfants a révélé que plus ces enfants étaient exposés en durée et en fréquence au chlore en relation avec le traitement de piscine (intérieure ou extérieure), plus ils avaient des troubles respiratoires. Paradoxalement, le risque est supérieur pour les expositions à des piscines extérieures du fait qu’en général les enfants s’y exposent plus en durée.
Une autre étude a été menée sur des personnes adultes asthmatiques (âgées de 20 à 42 ans) qui utilisaient des jacuzzis. L’étude s’est déroulée durant une journée où ils se rendaient durant douze minutes dans un jacuzzi, et deux à trois minutes dans un bain chaud. 75 % des sujets explorés avaient une VEMS diminuée de 20 %, la VEMS étant le volume expiratoire maximal par seconde, qui est un bon indicateur de la capacité ventilatoire du sujet.

Un mécanisme pathologique reconnu

L’ion chlore irrite l’épithélium pulmonaire et est susceptible d’augmenter le risque de crise d’asthme. Le chlore réagit aux matières organiques, ses produits chimiques de dégradation sont toxiques. De plus, on retrouve dans l’air des piscines des chloramines qui sont la conséquence de la réaction entre l’hypochlorite et l’ammoniaque, ou des composés ammoniaqués provenant des substances particulièrement volatiles et irritantes pour l’arbre aérien.

Des précautions particulières, notamment pour les musiciens, instrumentistes à vent et chanteurs

Cette constatation devrait amener à revoir les normes des piscines en teneur en chlore. Il y a en France (2007) plus de 800 000 piscines privées qui sont par ailleurs généralement surchlorées.
De nouveaux systèmes de traitement des eaux ont été mis au point et sont tout aussi efficaces. De nombreuses piscines publiques à l’étranger sont dotées de tels systèmes sans chlore. Il ne s’agit pas d’interdire les piscines aux enfants, les bénéfices globaux sont à prendre en considération ; pour autant, il faut éviter la surexposition des enfants qui ont un terrain favorable à ce genre de troubles. Il existe désormais des piscines éco-compatibles, sans produits, avec une filtration tout à fait naturelle, ce qui semble être la meilleure solution, ou bien des systèmes qui ne fonctionnent pas au chlore. Les chanteurs, les instrumentistes à vent, surtout s’ils souffrent de troubles pulmonaires, veilleront à ne pas se surexposer.

Rédacteur. Docteur Arcier, président fondateur de Médecine des arts®

Etirements façon Tibétaines

Parmi les mouvements dont je m’inspire pour ceux de mes cours voici

les 5 rites Tibétains.

Les affections des musiciens

P1000580Voici l’objet du travail de l’Institut de Médecine des Arts-Musique où j’ai été formée:

Les pratiques musicales sont une source de plaisir, mais également exposent à des contraintes physiques et psychologiques insuffisamment connues des thérapeutes et des musiciens eux-mêmes.
Les contraintes qui pèsent sur les pratiques artistiques sont variés selon l’instrument, le mode de pratique (concertiste, musicien d’orchestre, soliste, amateur, professionnel, élève), les répertoires (classique, rock, jazz, variétés, etc.), l’environnement, le rythme de travail, etc. Mais certains risques sont présents quelle que soit la pratique, tout en s’exerçant à des degrés divers.
Les maladies liées aux pratiques musicales sont de gravité variée, de symptômes gênant peu ou pas la pratique à des lésions suffisamment graves pour imposer a minima l’arrêt momentané de la pratique. L’effet cumulatif des contraintes physiques exigées pour jouer d’un instrument est différent selon les instruments, mais toujours présent. Si les contraintes mécaniques entraînent des effets pathologiques à court terme, le plus souvent se surajoutent des postures inadéquates, des compensations multiples, des gestes respectant peu la physiologie qui ont alors des répercussions à plus long terme.
Les études épidémiologiques révèlent l’étendue du problème. Le risque d’affections des musiciens en relation avec leur pratique est extrêmement fréquent.
50 à 76 % des musiciens professionnels vont être affectés par des troubles ostéo-articulaires. La prévalence de ces troubles de santé chez les instrumentistes à vent dans la famille des cuivres : cor anglais (french horn), trombone, trompette ou tuba, est de 63 %, et celle-ci est plus importante encore pour des instruments comme les cordes par exemple. La douleur est un symptôme que l’on retrouve fréquemment chez le musicien ; elle est présente chez 89 % des musiciens de conservatoire de haut niveau et celle-ci est majoritairement liée (>50%), d’après les musiciens eux-mêmes, à la pratique artistique.
Cela ne résume pas l’ensemble des troubles qui affectent le musicien : le stress, le trac, la dystonie de fonction, les problèmes dermatologiques, de la sphère orale et de l’embouchure des instrumentistes à vent, de l’audition sont autant de troubles qui les affectent.

1. Tendinite (syndrome de surmenage spécifique)
2. Syndrome de surmenage non spécifique
3. Compressions nerveuses
4. Dystonie de fonction
5. Troubles auditifs
6. Troubles dermatologiques
7. Affections de l’embouchure de l’instrumentiste à vent
8. Troubles des articulations-temporo-mandibulaires
9. Stress
10. Trac
La prévention est une nécessité, une exigence que chaque musicien doit intégrer afin d’éviter les risques et les affections qui peuvent mettre en difficulté la pratique et la carrière elle-même. La prévention sera d’autant plus efficace qu’elle va s’intégrer dans une véritable stratégie préventive qui prendra en compte l’ensemble des risques, organisationnels, environnementaux, techniques, psychologiques, gestuels et posturaux.

être attentif aux matériels, aux lieux de pratique
développer de bonnes habitudes de pratique, des pauses, des répertoires appropriés
prendre conscience de la dimension corporelle et psychologique de la pratique
développer des comportements de base salutogène (bien-être, hygiène de vie)
développer des gestes et des postures physiologiques
Médecine des arts se consacre depuis 1975 à la santé des artistes et particulièrement du musicien. Médecine des arts® développe des programmes de prévention, de recherche, de formation et a mis en place un réseau permettant une prise en charge spécialisée. Médecine des arts a créé en 1990 le premier Diplôme européen de Médecine des arts dédié à la santé du musicien. Le site internet Médecine des arts est le support sur la santé du musicien le plus visité sur le plan international. Le site Médecine des arts® a été créé pour améliorer la qualité de l’information destinée aux musiciens, aux thérapeutes et à toutes les personnes concernées par la santé des artistes et pour développer les connaissances dans ce domaine.

Chanteuses en surpoids

chLa soprano Lisette Oropesa, âgée de 34 ans, n’a pas toujours été la svelte chanteuse que l’on entend et voit sur les grandes scènes internationales.
Non, plus jeune, la chanteuse avait un surpoids important et à cette période son apparence physique, son poids la desservaient pour être prise dans les rôles principaux de l’opéra. Les directeurs de casting ne la choisissaient pas parce qu’ils la trouvaient « trop grosse ».
A la fin des années 2000, Lisette Oropesa a décidé de suivre un programme d’exercices pour revenir à un poids plus acceptable et ensuite le stabiliser, décidé de se reprendre en main afin d’être en meilleure forme physique et plus en relation avec les exigences des directeurs de casting.
Elle explique dans une interview qu’elle a appris à jouer dans son jeune âge de la flûte, loin de toute activité physique globale et que dans le sud de la Louisiane où elle a grandi, le menu consistait le plus souvent à manger des frites.
En 2005, elle pesait plus de 95 kilos, et on lui a expliqué très vite que malgré son talent, sa carrière dépendait aussi de sa perte de poids. En quelques années elle a perdu près de 30 kilos.
Dans les années 2012, elle est devenue une adepte du marathon et on la retrouve désormais sur la plupart des scènes d’opéra dans des rôles principaux. Elle ne se limite pas à la course, elle fait de la musculation, du yoga et elle a changé son mode alimentaire, mange vegan et se sent bien.
Dans une interview, elle confie : « Les gens écoutent avec les yeux, s’ils voient une femme magnifique alors, ils voudront qu’elle chante de jolis rôles de bel canto, même si la voix ne correspond pas ». De la même manière s’ils voient quelqu’un de grand, ils pensent que c’est un Falstaff et pas un Don Giovanni.
Lorsque quelqu’un regardait ma photo, il disait « Non, trop grosse, c’est pas juste, mais c’est la vie ». Ce n’est pas que le casting des réalisateurs qui est critique, aujourd’hui tout le monde à son blog, facebook. Les spectateurs sont également devenus plus critiques encore. On n’a pas besoin de qualification pour cela. »
Maintenant Lisette Oropesa court régulièrement et y prend plaisir. L’année dernière elle était sur la scène du Royal Opera de Londres.
Finalement elle est satisfaite du changement qu’elle a pu opérer. « L’exercice l’a aidée dans ses performances, elle est en bonne forme physique et cardiovasculaire », ce qui est important lorsque l’on veut chanter professionnellement.

A la question d’un journaliste [1] : On pense généralement que les chanteuses d’opéra devaient avoir une forte corpulence ?
« C’est un stéréotype, répond Lisette Oropesa. De nombreuses chanteuses célèbres et chanteurs merveilleux sont en surpoids, et les gens ont supposé de ce fait qu’une « grande voix » devait venir d’un corps tout aussi fort et grand. Ce n’est pas vrai. La façon dont la voix résonne n’a rien à voir avec la quantité de graisse de votre abdomen. Elle dépend en grande partie des cavités de résonance de votre visage. Les chanteurs avec des corps généreux pensent que leur soutien respiratoire est plus fort parce qu’ils sont eux-mêmes plus « forts », mais en fait, je trouve que c’est le contraire. Une fois que vous avez appris à utiliser votre soutien respiratoire d’une manière plus active et efficace parce que vous n’êtes pas aussi « lourd », alors vous n’êtes pas aussi fatigué, votre rythme cardiaque est moins rapide et l’amplitude de votre respiration plus grande. Le contrôle de ma respiration est devenu très important et mon rythme cardiaque plus lent. Chanter est épuisant. Vous êtes un athlète, vraiment, sur scène pendant des heures. »
« L’une des chanteuses d’opéra les plus célèbres Maria Callas lorsqu’elle a commencé sa carrière était en surpoids. Elle a été l’une des premières à préconiser la perte de poids pour obtenir une meilleure performance vocale et une meilleure présence théâtrale. Elle était l’une des pionnières qui a dit qu’être gros sur scène ne ferait pas de vous un meilleur chanteur ou un chanteur plus puissant. Maintenant, le revers de la médaille, c’est qu’il y a beaucoup de chanteurs qui essaient de perdre du poids très rapidement et leur voix en souffre. Si par exemple vous faites un régime « dur » et que vous perdez 15 kilos rapidement, alors vous n’avez pas eu le temps de réentraîner votre corps de telle façon que votre soutien respiratoire ne s’effondre pas – ou peut-être vos prises alimentaires ne sont pas assez caloriques alors vous ne vous rétablissez pas bien. Si vous vous privez de nourriture de manière trop importante, vous n’allez pas récupérer aussi vite.
Lisette Oropesa explique aussi l’intérêt de la course pour un chanteur. « Le chant, c’est une inspiration profonde et une longue expiration contrôlée. En courant, c’est ce que vous faites, mais ce n’est pas une respiration aussi longue. Je pense que je respire mieux en tant que coureur parce que je suis chanteur. Je sais où est mon diaphragme et comme « engager le bas-ventre ».
Je peux ressentir vraiment bien cela, car j’ai moins de graisse sur mon corps. Je sais quand je respire mal, quand c’est trop peu profond. Le chant aide ma respiration et courir m’aide à chanter. Cela va de pair.
« La course m’a beaucoup aidée avec un meilleur contrôle de la respiration, une plus grande endurance. Parfois, la mise en scène impose de faire des choses épuisantes, comme monter des escaliers tout en chantant, ce qui fait augmenter la fréquence cardiaque et peut vous mettre en difficulté sur le plan vocal ».
Désormais la course à pied fait partie de sa préparation scénique. « Je cours avant de chanter, souvent quatre ou cinq kilomètres l’après-midi avant un spectacle. C’est mon secret. L’échauffement parfait. »
La morphologie des chanteurs qui sont sur les scènes internationales s’est profondément modifiée ces dernières années. L’image, l’apparence physique est devenue particulièrement importante, pour les chanteuses et chanteurs, mais aussi pour les musiciens. D’un stéréotype, peut-être est-on en train de passer au stéréotype inverse, mais avec un bénéfice certain pour la santé. Une alimentation saine, équilibrée, un entretien physique régulier devraient faire partie du quotidien du professionnel chanteur et du musicien, quelle que soit sa pratique, son répertoire.

Article Médecine des Arts-Musique

Automassage du ventre

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