Les troubles de la voix

La voix permet de communiquer, d’exprimer des émotions. La voix chantée prend place au cœur de cette expression. Dans la pratique amateur ou professionnelle, la voix chantée est soumise à des exigences et des contraintes techniques spécifiques qui la rendent plus apte à interpréter les répertoires devant un public mais aussi plus vulnérable. En prendre soin quotidiennement devrait être une évidence pour le chanteur, mais aussi pour tout professionnel de la voix.
Les troubles de la voix sont extrêmement fréquents chez les professionnels de la voix, chanteurs, comédiens, mais aussi enseignants, avocats, orateurs, etc.
Ces troubles ont été décrits dès le début du XVIIe siècle (1603) par Fabrice Fabrice d’Aquapendente (1533-1619), prestigieux maître d’école de médecine de Padoue, maître de l’anatomie dans toute l’Europe dès l’année 1603. Il souligne la relation entre la pathologie de la voix et la pratique professionnelle en décrivant la maladie des prédicateurs. Quelques années plus tard, Ramazzini (1635-1715) va consacrer un chapitre de son ouvrage Des maladies du travail aux « pathologies des chanteurs et des musiciens ».
La dysphonie est un terme générique représentant le symptôme dominant et le signe d’appel pour toute atteinte de la fonction phonatoire (qu’elle soit d’origine laryngée ou extra laryngée).
Afin de mieux représenter les atteintes de la voix chantée, plus récemment a été créé le terme de dysodie pour qualifier de manière plus spécifique les atteintes de la voix chantée.
Plus simplement on peut dire que toute modification de la voix est appelée dans le langage courant dysphonie, voix enrouée, voilée, soufflée, cassée, éraillée, plus grave, plus faible ou plus fatigable. Le chanteur ou le comédien pourra également se plaindre d’une gêne en chantant ou en parlant, d’un inconfort, etc.
C’est la qualité acoustique de la voix qui est altérée, le timbre, la hauteur, l’intensité.
La dysphonie est définie comme une « altération de la voix parlée se caractérisant par une altération de la voix dans sa hauteur, son intensité ou son timbre » (CHEVALIER Dominique (1998), « Dysphonie de l’adulte », Encycl Méd Chir, Encyclopédie Pratique de Médecine, 1-0470, 1998, Paris : Elsevier.)
Cependant, Le Huche et Allali (2010), en donnent cette définition : « la dysphonie est un trouble momentané ou durable de la fonction vocale ressenti comme tel par le sujet lui-même ou son entourage ».( Le Huche, F., Allali, A. (2010). La voix, Tome 2 – Pathologie vocale d’origine fonctionnelle 3e édition. Paris : Masson.)
La dysodie, du grec ôdê = chant. La dysodie représente le trouble de la voix chantée.
Cette définition s’appuie sur la perception subjective de la voix, mais la qualité de la voix se mesure également avec une l’évaluation instrumentale. Ces deux méthodes sont complémentaires et permettent d’évaluer la dysphonie.
L’évaluation perceptive se fait à l’oreille et l’évaluation instrumentale par la mesure des paramètres acoustiques et aérodynamiques du son. L’examen médical clinique et paraclinique vient encore compléter cette évaluation.

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Rôle du larynx dans la phonation

 

Béance tubaire et voix chantée, le trouble qui affecte Céline Dion

 

trompe-eustache-105[1]

Certains troubles qui semblent mineurs pour de nombreuses personnes peuvent devenir majeurs dans le cadre d’une pratique artistique telle que la voix chantée. C’est le cas des dysfonctions tubaires (trompe d’Eustache).
Céline Dion souffre d’un dysfonctionnement tubaire, nommé béance tubaire, un trouble du fonctionnement de la trompe d’Eustache située au niveau de l’oreille moyenne, qui ne lui permet pas d’assurer ses prestations scéniques.

La chanteuse canadienne de 49 ans présente ces troubles depuis plus d’un an. Malgré les traitements médicamenteux engagés qui dans un premier temps avaient permis de contenir les symptômes, désormais les manifestations sont trop gênantes pour continuer ses shows. Un communiqué précise : « Jusqu’à maintenant, Céline avait réussi à soulager ses symptômes grâce à des traitements variés sous forme de gouttes. Mais depuis quelques semaines, ces traitements ne font plus effet, obligeant Céline à subir une intervention chirurgicale minimalement invasive ».
Ce dysfonctionnement tubaire cause à Céline Dion « des irrégularités auditives et rend le chant extrêmement difficile ». Elle devrait subir prochainement une intervention chirurgicale. Les concerts sont annulés jusqu’au 22 mai 2018.
« Selon Jean Abitbol, oto-rhino-laryngologue, qui a suivi Céline Dion plusieurs fois durant sa carrière, il n’y a cependant pas de quoi s’inquiéter. «La voix existe seulement si vous avez un contrôle de votre audition. Lorsque vous vous entendez chanter, vous entendez le circuit interne qui fait vibrer vos cordes vocales par la trompe d’eustache. Quand il y a une altération de l’audition, le chanteur a une difficulté à pouvoir harmoniser sa voix», explique le médecin au Figaro.
L’artiste va maintenant devoir subir une «intervention chirurgicale» pour soigner sa trompe d’eustache. «Dans plus de 90 % des cas, un traitement médical simple suffit. On a essayé tous les traitements possibles chez elle, mais ça n’a pas marché, explique Jean Abitbol. Elle ne va pas subir une intervention chirurgicale au sens propre. On régule seulement la pression entre l’intérieur et l’extérieur de l’oreille moyenne avec un petit drain dans l’oreille qui permet d’équilibrer ces deux éléments.»
Ce n’est pas la première fois que Céline Dion est touchée par ce trouble de la trompe d’eustache d’après le spécialiste. En temps normal, elle le soigne assez rapidement et aisément par un traitement médicamenteux. «Elle a atteint ses limites comme tout athlète de la voix. Elle était obligée de dire ‘’stop » pour éviter un incident ultérieur plus important qui aurait pu pâtir à sa carrière, raconte Jean Abitbol. Au fur et à mesure des années, le système immunitaire est plus fragile et l’entraînement, les concerts, les voyages, moins aisés à supporter pour elle.»[Le Figaro 30/03/2018]
« Elle souffre d’autophonie. Elle entend sa propre voix de façon anormalement forte. Elle entend son coeur battre très fort et sa respiration très forte », a précisé de son côté sa professeure de chant, Johanne Raby, à qui l’on doit également le livre Chanter de tout son corps. Il faut dire que pour elle, les « oreilles sont la partie la plus importante pour chanter », presque autant que la voix. Ainsi Céline « ne peut pas entendre le piano et les instruments ». « Donc chanter devient impossible pour elle, c’est déconcentrant et paniquant puisque chanter est son métier », assure sa prof pour qui son élève « ne peut plus chanter juste ».
« Les instruments deviennent cacophoniques pour elle. Ça doit être épouvantable. Elle est comme une sportive. Quand elle chante, elle est une athlète. Les chanteurs travaillent aussi fort que les athlètes pour leur entrainement physique et vocal. Ils veulent être en forme sur scène et donner », assure-t-elle dans cette interview publiée par le tabloïd Le Journal de Montréal.»

Il s’agit d’un trouble du fonctionnement de la trompe d’Eustache. La valve de la trompe d’Eustache, au lieu de s’ouvrir et de se fermer normalement pour réguler la pression, reste en position ouverte. Il existe plusieurs types de dysfonction du système isobarique de l’oreille moyenne (DSIOM), la béance tubaire est une des catégories de dysfonction isobarique de l’oreille moyenne.
L’anatomiste Bartholomeus Eustachius découvre en 1562 la trompe auditive. Mais c’est Valsalva qui en fera une description exacte et précisera son fonctionnement et qui la nommera en l’honneur d’Eustachius, trompe d’Eustache
Anatomie de la trompe d’Eustache
C’est un tube de quelques millimètres de long qui relie l’oreille moyenne et le plafond de la bouche. Elle s’ouvre rapidement après chaque mouvement de la bouche (déglutition, bâillement, éternuement, prise de parole, expression dans la voix chantée).
Physiologie de la trompe d’Eustache
La fonction principale de la trompe d’Eustache est l’équilibration des pressions de part et d’autre de la membrane tympanique facilitant ainsi l’audition. Elle permet au tympan de vibrer de manière optimale.
C’est une soupape de sécurité destinée à éviter les barotraumatismes. Elle permet d’égaliser la pression entre le caisson de l’oreille moyenne et l’extérieur : par exemple elle permet d’équilibrer la pression de chaque côté du tympan lors du décollage et de la descente d’un avion.
La trompe d’Eustache permet de protéger mécaniquement l’oreille moyenne en évitant que les sécrétions nasales et autres agents infectieux ne pénètrent vers l’oreille moyenne.

Comment se manifeste une béance tubaire ?
La gravité de ce trouble peut varier d’une personne à l’autre. Dans les cas les plus manifestes, le chanteur ou le comédien, ressentira :
Une autophonie, l’impression de s’entendre parler
des bourdonnements et des acouphènes
une sensation d’hypoacousie.
D’autres symptômes comme une sensation de « plénitude » au niveau de l’oreille, sensation d’oreille bouchée, une pression plus ou moins douloureuse au niveau de l’oreille. Dans les cas les plus gênants, le chanteur percevra les sons respiratoires, du pouls de manière si prégnante qu’ils vont interférer avec sa capacité de chanter correctement.

Quelles sont les causes d’une béance tubaire ?
Les causes précises d’une béance tubaire reste discutées, l’hypothèse de la fonte de la graisse d’Ostmann, tissu graisseux qui entoure la trompe d’Eustache a été rapporté par certains auteurs [1]. Les sujets qui perdent beaucoup de poids pourraient également également rendre plus instable la fonctionnalité de la trompe d’Eustache. Le docteur Lin (médecin à l’hôpital Sunnybrool – Toronto) précise que Mme Dion est « une femme plutôt mince, elle est l’exemple classique des gens qui présente ce genre de symptômes ». D’autres hypothèses ont été proposées, comme les modifications hormonales, la grossesse, la prise de contraceptifs, la fatigue, le stress, le syndrome algodysfonctionnel de l’appareil manducateur (DAM), les médicaments diurétiques. Des hypothèses qui n’ont pas pour autant été clairement démontrées.

Existe-t-il des facteurs aggravants de ce trouble ?
Tous les facteurs entretenant une inflammation de la muqueuse nasale peuvent aggraver cette dysfonction tubaire.
Le tabac
Le reflux gastro-oesophagien
Un terrain allergique, inflammatoire nasal
Une pathologie sinusienne
Les rhinosinusites chroniques non allergiques
Les rhinosinusites chroniques allergiques

Comment diagnostiquer une béance tubaire et plus largement une dysfontion tubaire ?« Un consensus Américain, réunissant l’ensemble des données sur le diagnostic d’une DSIOM, a conclu récemment sur l’absence d’examen clef permettant le diagnostic de dysfonction tubaire de manière formelle mais conseille de se baser sur un faisceau d’arguments cliniques et paracliniques. Il est nécessaire de réaliser de plus vastes études afin de tester la validité de l’ensemble de ces outils diagnostiques »[2].
Un certain nombre d’examens paracliniques permettent une approche diagnostic : la sonomanométrie, la tubomanométrie, la vidéonasopharyngoscopie, la tomodensitométrie, l’imagerie par résonance magnétique, la scintigraphie, ainsi que d’autres tests.
Des scores diagnostiques ont été établis afin d’apprécier objectivement et quantitativement les symptômes subjectifs et de permettre le suivi des patients.

Quels sont les traitements des manifestations d’une béance tubaire ?
Un ensemble de traitements et de dispositifs thérapeutiques sont proposé et certains nombres n’ont pas fait la preuve d’une efficacité évidente.
« Plusieurs traitements médicaux ont été testés : gain de poids, l’application d’œstrogène localement ou encore insufflation d’acide borique ou d’acide salicylique, mais ils n’ont pas apporté suffisamment de preuves de leur validité. Aucun consensus de prise en charge n’existe cependant, mais en cas d’échec du traitement médical, une alternative chirurgicale est envisageable »[2. Sur le plan chirurgical plusieurs traitements sont également proposés. « Toutes techniques confondues, le taux d’amélioration des symptômes variait entre 22 % et 80% », mais la prise en charge chirurgicale montre des résultats encourageants »[2].
Pour le docteur Lin « On ne dispose d’aucun traitement courant pour ce type de trouble, mais certains patients peuvent soulager temporairement leurs symptômes en changeant de position, par exemple en s’allongeant ou bien en plaçant leur tête entre leurs genoux. Mais évidemment, on ne peut pas se promener toute la journée avec la tête baissée ! »
Des médicaments par voie nasale peuvent soulager les symptômes de certains patients, mais d’autres nécessiteront une intervention chirurgicale et c’est le cas de Mme Dion.
La chanteuse pop star Mika Nakashima affectée aussi d’une béance tubaire
La chanteuse Mika Nakashima avait connu les mêmes désordres de la trompe d’Eustache que Céline Dion. En 2010, à 27 ans, elle avait décidé de cesser temporairement toutes ses activités de chanteuse afin de se concentrer sur les solutions à apporter à la détérioration de son problème auditif. Elle souffrait d’une béance de la trompe d’Eustache.
Comme c’est souvent le cas, elle avait des difficultés en relation avec un dysfonctionnement tubaire. Elle avait pu maintenir son activité ainsi malgré ce trouble et son aggravation. Mais arrivé à un certain niveau de gêne, elle ne pouvait plus assurer de manière valable sa performance vocale.
La pratique vocale devient particulièrement difficile, le trouble affecte le niveau d’audition ainsi que la hauteur vocale avec la sensation d’oreille bouchée, d’autophonie.
Dans un ces derniers album, elle révélait sa lutte contre cette affection qui menaçait alors sa carrière. Elle y évoque ses sentiments, son angoisse. Elle dira « Je n’entendais pas les sons extérieurs et je n’entendais que ma voix qui résonnait dans mes oreilles. Je n’arrivais pas à contrôler le volume de ma voix et j’ai perdu le sens du rythme et de l’intonation ».

Docteur Arcier André, président fondateur de Médecine des arts®
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Bibliographie
[1] Pascoto G. et al The impact of acute loss of weight on eustachian tube fonction. Int. Arch. Otorhinolaryngol. 18, 376-379 (2014).
[2] Clair Vandersteen Physiologie et physiopathologie de la fonction d’ouverture de la trompe auditive; influence des pathologies rhinosinusiennes chroniques Thèse de Médecine 2016

Modification de la pression sous-glottique

Il est admis que les cordes vocales ne peuvent pas vibrer en l’absence de la poussée expiratoire pulmonaire. Le rôle exact de la pression sous-glottique sur la vibration des cordes vocales n’est pas encore entièrement élucidé, mais de nombreuses expériences permettent de penser qu’un équilibre entre tension des cordes vocales et pression sous-glottique est la condition essentielle d’un bon fonctionnement laryngé.

J.-Cl. Lafon a constaté que, lorsqu’on fait une électromyographie des muscles vocaux, les courants d’action diminuent au moment où se fait l’émission vocale alors qu’ils persistent si l’air est dévié vers l’extérieur par l’ouverture de la canule de trachéotomie. Cette expérience peut permettre de penser que l’air a un rôle d’entretien de la vibration et permet en quelque sorte aux muscles vocaux de « se reposer ».
Hennebert a constaté que chez une malade ayant une paralysie des 2 cordes vocales la fréquence du son dépend uniquement de la pression sous-glottique créée par les muscles expiratoires et que, sur une note tenue par exemple, cette fréquence va en décroissant depuis le début de l’émission sonore jusqu’à la fin, au fur et à mesure que la pression baisse. Il en conclut que chez le sujet normal doit jouer un mécanisme où pression sous-glottique et tension des cordes vocales s’équilibrent. Berendes a réalisé de très intéressantes expériences sur le larynx de cadavre. Les aryténoïdes étaient fixés par une aiguille et la trachée réunie à un tuyau en caoutchouc. Il a obtenu une élévation de fréquence par simple augmentation de pression sous-glottique sans changer la tension des cordes vocales. Il en conclut que la fréquence et la forme des vibrations sont produites par le jeu :
D’une part, de la masse et de la tension des cordes vocales ;
D’autre part, des forces aérodynamiques (pression, effet rétro-aspiratoire), que le courant d’air engendre au niveau du larynx. Les dernières expériences de Van den Berg sur le larynx de cadavre ont montré que l’on peut modifier la fréquence par un changement :
soit de la tension des cordes,
soit de leur pression latérale,
soit de la pression sous-glottique
Il est logique d’admettre que, chez le vivant, l’action de ces 3 facteurs joue simultanément, mais d’une façon qui n’est pas encore entièrement précisée. Quoi qu’il en soit, il est bien certain qu’un son de même hauteur peut être émis avec plusieurs combinaisons de ces mécanismes, donc avec des pressions sous-glottiques différentes, mais il est également hors de doute que, dans ces divers cas, ni la sonorité, ni le travail laryngé ne sont identiques.
Des travaux ultérieurs devront préciser les conséquences d’une pression sous-glottique trop forte ou trop faible, due à un effort expiratoire exagéré ou insuffisant, sur la qualité acoustique du son et sur le travail laryngé. Nous voudrions simplement signaler un fait connu depuis longtemps ; une irrégularité de soutien expiratoire, entraînant une pression sous-glottique instable, produit un vibrato d’intensité exagérée, appelé chevrotement.

Ce phénomène que nous avons déjà écrit à propos de la voix parlée se produit d’une façon encore plus fréquente dans le chant et entrave considérablement la production sonore.
Il s’observe surtout chez les sujets qui mettent exagérément en jeu leur musculature supérieure. Les relations de voisinage expliquent aisément les contractions musculaires intempestives du pharynx, du larynx et de ses muscles fixateurs, qui accompagnent le type costal supérieur. L’exemple le plus caractéristique est représenté par le « fort ténor » classique qui gonfle le thorax à l’inspiration et dont l’effort expiratoire s’accompagne de saillie des muscles du cou, de turgescence des jugulaires, d’élévation des épaules, et d’une crispation forte des mâchoires.
On peut le voir aussi, mais plus rarement, chez des sujets dont le type respiratoire est normal mais qui ont essayé de chanter fort dès le début des études vocales. Il faut, en effet, de longues études et un patient entraînement pour arriver à dissocier muscles respiratoires et muscles du cou. Certains sujets doués le font d’instinct ; la plupart, au début de leurs études, « serrent » ou « poussent » dès qu’ils essaient d’augmenter l’intensité vocale.
Cette maîtrise des groupes musculaires, qui est l’un des buts essentiels du chant, ne s’acquiert qu’à la longue ; la sagesse consiste pour le débutant à éviter les efforts expiratoires exagérés difficiles à contrôler.

Texte extrait de : Guy Cornut. Thèse, mécanique de l’appareil respiratoire au cours de la voix parlée et chantée. 1958

Voix parlée (Allemand) sous IRM

Maria Callas: La cause de sa mort

thEWBI5J7PSi la carrière de Maria Callas a été exceptionnelle, elle fut relativement brève. Dès l’âge de 36 ans des difficultés vocales sont apparues et Maria Callas interrompra sa carrière vocale à l’âge de 40 ans. Maria Callas est morte à 53 ans et si différentes hypothèses ont été proposées, c’est celle d’une crise cardiaque qui a été retenue officiellement sans en spécifier la cause exacte.
Maria Anna Sofia Cecilia Kalogeropoulos est née le 2 décembre 1923 à New York. Ses parents étaient grecs et venaient d’arriver aux Etats-Unis quelques mois plus tôt. Son père était pharmacien.
Les biographes de Maria Callas ont régulièrement évoqué les relations difficiles de ses parents, sa jalousie de sa sœur aînée, les sentiments de ses parents qui n’avait d’yeux que pour sa sœur aîné, séduisante et parée de tous les atouts. « J’étais un vilain petit canard, grosse, maladroite et mal-aimée.»[« The Prima Donna » in Time Magazine, 29 octobre 1956]
Ces parents reviennent en Grèce, à Athènes, alors qu’elle est âgée de 13 ans. Maria Callas remporte une bourse d’études à la Royal Academy of Music. On la décrit alors comme une adolescente au physique massif, en surpoids mais avec déjà des capacités vocales et une interprétation hors du commun. Encore adolescente, à 15 ans, la jeune Maria Callas chante le rôle dramatique de Santuzza dans Cavalleria Rusticana. Maria Callas fera ses débuts quatre ans plus tard à l’Opéra d’Athènes.
Sa morphologie lui conférait une voix très sombre et, quand elle a commencé à apprendre le chant, elle avait un timbre qu’elle a qualifié de « presque noir ». [1. lettre musicien octobre 2017 N°347]
Sa voix était extrêmement puissante et à la fin de ses études vocales, sa tessiture était celle d’une soprano dramatique colorature « avec une extension d’une tierce mineure dans le grave et dans l’aigu, lui permettant de couvrir les tessitures de mezzo-soprano dramatique et de soprano lyrique colorature ».[1]
Les difficultés vocales de Maria Callas
A près de 40 ans, les difficultés vocales se feront ressentir. La soprano Renée Fleming émet une explication concernant ces problèmes vocaux : « J’ai ma propre explication au sujet de son déclin vocal. C’est plus en la regardant chanter qu’en l’écoutant que j’ai acquis la conviction que c’est son amaigrissement important et rapide qui est à incriminer. Ce n’est pas la perte de poids en elle-même… mais si quelqu’un se sert de son poids pour assurer son souffle et que ce poids diminue fortement, cette personne, si elle n’a pas développé une musculature de rechange, aura des problèmes de voix. Quelqu’un m’a dit que la manière dont Callas portait ses mains à son plexus lui permettait de « pousser » et par là même d’obtenir une sorte d’appui. Si elle avait interprété des rôles de soubrette, elle n’aurait pas connu de problème. Mais elle chantait les rôles les plus difficiles du répertoire, ceux qui nécessitent le plus de vigueur »

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Les vergetures des cordes vocales

chant-vergeture-550[1]Le terme de sulcus a été utilisé dès le début du siècle dernier pour désigner une lésion observée en laryngoscopie indirecte sous la forme d’un sillon blanchâtre situé parallèlement au bord libre de la corde vocale. La nosologie de ces lésions a été clarifiée par Cornut et Bouchayer [[Bouchayer M, Cornut G. Microsurgical treatment of benign vocal fold lesions: indications, techniques, results. Folia Phoniatr (Basel) 44 : 155-184, 1992.]], Pour ces deux auteurs, il existe deux entités anatomiques différentes et ils introduiront les notions de sillon étroit pour le sulcus glottidis, et sillon large pour les vergetures.
Qu’est-ce qu’une vergeture des cordes vocales ?
C’est par similitude avec la lésion cutanée de même nom que ce terme a été attribué au sillon large des cordes vocales.
Que sont les vergetures des cordes vocales ?
Uni ou bilatérales, les vergetures correspondent à des sulci (voir Sulcus glottidis) (Chalabreysse et al., 1999) plus larges et plus profonds.
Ce sont des sillons larges (plus d’un millimètre de hauteur n’est pas rare) et longs qui se situe quasiment tout le long de la corde vocale. « L’atrophie est telle que le bord libre cordal apparaît concave et sévèrement arqué » Finck.
Vergeture (Garel 1920) désigne un aspect de sillon atrophique plus ou moins étendu au niveau du bord libre de la corde vocale, donnant à cette dernière une allure arquée. La berge inférieure de ce sillon comporte souvent une bride fibreuse sous-muqueuse tendue et rigide, alors que la berge supérieure est plus souple. La muqueuse tapissant le fond de la vergeture est très mince et atrophique, et adhère intimement en profondeur au ligament vocal sur lequel elle ne peut plus coulisser.

Comment se présentent les vergetures ?
Elles sont en forme de tranche d’agrume. Le fond est une muqueuse très atrophique, sans sous-muqueuse, si bien qu’elle adhère au ligament élastique dont les fibres sont parfois visibles.
Les vergetures sont situées le long du bord libre de la corde vocale. La berge inférieure est saillante et tendue, bridant le bord à sa partie inférieure. La berge supérieure est plus plate, suivant le bord libre.
Il y a toujours un amincissement du ligament élastique, atrophique.
Les vergetures sont presque toujours bilatérales, par forcément symétriques. Elles suppriment toute souplesse au bord libre des cordes vocales qui devient très rigide et concave. Elles sont à l’origine de la plupart des glottes ovalaires.
« Comme pour les kystes épidermoïdes, la physiopathologie de ces lésions peut être congénitale (Garcia Martins RH, 2007) ou acquise. L’excès vocal, à l’origine d’une destruction progressive de la couche superficielle de la lamina propria, est la cause la plus communément acceptée aujourd’hui (Bastian RW, 1998). » Finck
Comment se manifestent vocalement les vergetures?
On retrouve une dysphonie plus ou moins importance selon la béance glottique et l’efficacité de la vibration des cordes vocales. Le timbre est soufflé, serré, plus ou moins rauque. La voix est souvent un peu décalée dans l’aigu, le timbre couvert, étouffé.
« L’altération vocale est plus sévère que dans les sulci (Ford, 1999). » Finck
Examen complémentaire
« L’examen vidéo-stroboscopique montre un aspect concave et arqué du bord libre dont le mouvement vibratoire peut être nul. La fermeture glottique phonatoire est déficitaire, le coulage aérien est ovalaire. » Fink Il existe une fuite d’air en phonation.
Thérapeutique
Le choix thérapeutique doit être prudent et se construire au sein d’une équipe pluridisciplinaire. La stratégie dépendra des attentes du patient, de l’impact des lésions sur la voix.

Article Médecine des Arts-Musique

J’ai vu la voix, chanter.

Vidéo sur Facebook

La voix, organe sous influence 8: Les traitements hormonaux

L’hypothyroïdie, se marque vocalement par un œdème du bord libre des cordes vocales. La voix est aggravée, la masse cordale augmentée. Un rééquilibrage hormonal peut se faire par injection ou prise d’hormones thyroïdiennes (substitution thérapeutique).
La thérapie d’une pilosité exagérée chez certaines jeunes femmes à partir de médicaments à action anti-androgénique provoque là encore un œdème marqué du bord libre des cordes vocales, un abaissement de la voix et une modification du timbre.

L’hyperpilosité pathologique, l’hirsutisme traités par des médicaments à action anti-gonadotrope et progestative diminuent l’effet des androgènes au niveau des organes cibles. La thérapie de certaines formes d’endométriose ou de cancers du sein par des androgènes peut conduire à une virilisation irréversible de la voix.

• Certains porteurs de cancers prostatiques ou testiculaires soignés par castration chimique éprouvent des modifications souvent irréversibles de la voix.
• La prise de stéroïdes anabolisants chez les sportifs à haut niveau sont aussi responsables de modifications du timbre de la voix. La prise fréquente et régulière de corticoïdes en cas d’asthme, de bronchite chronique conduit à une altération du bord libre des cordes vocales, quelquefois à une surinfection mycosique avec amoncellement de sécrétions glaireuses collantes sur les lèvres vocales.
• Le traitement du lupus par des anti- malariques (Plaquenil) là encore est responsable de modifications irréversibles de la voix (effet médicamenteux, effet articulatoire du lupus?)

Conclusions

Pour chanter, le chanteur, par apprentissage, doit automatiser sa production vocale grâce à:

• L’utilisation de son corps dans une morpho-anatomie prédéterminée
• L’utilisation de son cerveau
• Sa mémoire vibratoire
• Sa mémoire gestuelle
• L’influence de son mental
• Son «bain» hormonal
• Son milieu socio-culturel

Une certitude toutefois se dessine au fur et à mesure qu’avancent les recherches.

• Durant les phases menstruelles, la variation des taux hormonaux circulants est en relation directe avec la chimie cérébrale(axe hypothalamus-hypophysaire) et les neuro-transmetteurs.
• Les neuro-transmetteurs se voient donner un rôle essentiel de par leurs actions sur notre psychisme.
• Notre conduite mentale (behaviour) est influencée par notre système immunitaire et l’hormone adréno-corticotrope,
les béta-endorphines (opiacés corporels internes), la thymosin hormone-like (synthétisée dans le thymus) sont des immuno-transmetteurs qui, s’ils sont sécrétés en moins grande quantité, influencent la qualité de notre voix.
• Si nous sommes prédisposés au stress, à une fatigue anormale, à des problèmes hormonaux, à une trop grande prise de poids ou au contraire à une perte de poids: les neuro-transmetteurs (sérotonine, dopamine) voient leur production diminuer ou se modifier. Il s’ensuit des problèmes vocaux.

Article Das APCS bulletin

La voix, organe sous influence 7: La voix chantée des personnes âgées

Le caractère sénescent dépend de plusieurs facteurs dont les plus importants sont liés à la posture qui s’altère, au tronc qui se voûte, aux organes de la cavité abdominale qui s’affaissent. La musculature laryngée, elle aussi, s’atrophie progressivement, en particulier les muscles tenseurs suivis par les muscles de soutien, aussi bien thoraciques qu’abdominaux. Les muqueuses laryngées se déshydratent progressivement, ce qui diminue la capacité vibratoire des cordes vocales.

Sur le plan acoustique on note:

• Un élargissement du vibrato qui devient
plus ample (jusqu’à deux à trois tons). Le passage progressif à un chevrotement: la glotte ne se ferme plus tout à fait et le flux d’air expiré continue à s’échapper au lieu d’être stoppé périodiquement.
• Une fréquence fondamentale qui s’abaisse chez la femme et remonte chez l’homme, ce qui rend le pianissimo difficile à produire, une perte progressive du registre de poitrine; l’apparition de couacs, c’est-à-dire d’arrêts vibratoires, de transformations des voyelles qui tendent toutes à devenir des «u». Une durée de phonation légèrement diminuée, des attaques vocales dures, accompagnées de coups de glotte brutaux, pour compenser le caractère soupirant, témoignage de la faiblesse vocale.
• Un timbre qui est caractérisé par un souffle dans les registres graves, par une diminution des harmoniques aigues, par une justesse du son de plus en plus difficile à produire, puis à maintenir.

Il convient de noter toutefois que le vieillissement biologique de l’homme crée des phénomènes de sénescence qui ne sont pas les mêmes chez tous les individus. Un homme âgé peut avoir un appareil phonoarticulatoire anatomiquement et fonctionnellement encore jeune, alors qu’un homme jeune peut déjà posséder un appareil phonoarticulatoire ayant toutes les caractéristiques de celui d’un homme âgé. La même observation se fait pour le sexe féminin où toutefois il faut souligner un abaissement physiologique de la tessiture dès la période préménopausique.

Article Das APCS bulletin

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