Les chanteuses doivent elles prendre un traitement substitutif à la ménopause?

La soprano Lesley Garett déclare lors d’une interview que sa voix a été sauvée par les THM, traitements hormonaux de la ménopause.
Lesley Garett est désormais âgée de 62 ans, la soprano a connu une ménopause précoce qui lui a valu un traitement substitutif hormonal.
« Nous perdons les aigus lorsque nous sommes ménopausées. » La soprano a révélé qu’elle avait pris une thérapie hormonale, qu’elle décrit comme « la drogue la plus merveilleuse », pendant 20 ans après avoir été ménopausée et cela lui a permis de maintenir et prolonger sa carrière.
Pour conserver la voix dans toute sa dimension, ajoute Lesley Garett, « J’ai entretenu ma technique vocale en prenant des cours de chant chaque semaine de ma vie pendant 40 ans, mais cela tient essentiellement en trois lettres : TMH. C’est le sauveur de la soprano. Je l’ai pris depuis 20 ans parce que j’ai eu la ménopause très tôt, six mois après la naissance de ma fille. »
Lesly Garett travaille auprès des compagnies d’opéra et des compositeurs afin d’améliorer la représentation des femmes âgés dans l’opéra. Elle confie au Daily Telegraph : « Nous sommes habitués à entendre des actrices plus âgées se plaignant de ne plus trouver des rôles décents. Et bien, c’est la même chose dans l’opéra, mais nous sommes décidés à faire quelque chose à ce sujet. »

Les troubles de la voix chantée et parlée lors de la ménopause

Lors de la préménopause les ovaires sécrètent de moins en moins d’oestrogènes, la progestérone s’effondre. Le taux d’hormones ovariennes circulant devient d’abord irrégulier, signant la survenue prochaine de la ménopause.
Le docteur Y. Ormezzano précise qu’en « ce qui concernent la voix l’atteinte est progressive et débute dès la périménopause.
Peu à peu la femme constate une gêne dans ses aigus qui perdent un peu de timbre
Les graves deviennent également moins riches en harmoniques
Et enfin apparait une diminution de sa tessiture : elle peut parfois atteindre une tierce, ce qui est beaucoup pour une chanteuse classique. »
« Parallèlement aux signes courants de la ménopause, bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, tensions mammaires, cycles irréguliers, certaines femmes présentent une sécheresse muqueuse : certes vaginale, mais aussi au niveau du conduit vocal, induisant une sécheresse buccale, des picotements au niveau du pharynx, un hemmage. Faute de pouvoir sans cesse réhumidifier leur muqueuse, par exemple avec de la salive, les chanteuses signalent une difficulté à la fin des longues phrases. »
La ménopause entre dans sa phase effective, les œstrogènes ne sont plus sécrétés par les ovaires, les androgènes (hormones mâles), qui sont également sécrétés en faible quantité chez la femme, deviennent plus actifs car non contrebalancés par les œstrogènes et de ce fait l’organisme devient plus réceptif à ces sécrétions.
Alors, indique le docteur J. Abitbol, « on assiste à un épaississement des cordes vocales, à une trophicité musculaire du galbe vocal moins souple. La voix devient grave et se masculinise »
Par ailleurs, ajoute J. Abitbol, « la commande de notre larynx se fait par le nerf vague. Sa rapidité de réponse est accélérée par l’imprégnation œstro-progestative. Ainsi, du cerveau au larynx, du fait d’une diminution radicale de sécrétion d’œstrogènes à la ménopause et d’arrêt de sécrétion de progestérone, on assiste à un ralentissement de la conduction nerveuse.
De ce fait la réponse vocale est légèrement plus lente, ce qui peut être gênant pour le changement rapide de fréquence dans la voix chantée. Enfin plus tardivement le vibrato (sept vibrations par seconde) ne peut plus être tenu. On observe l’évolution vers le trémolo (quatre vibrations par seconde).

Le docteur Y. Ormezzano, qui prend en charge des chanteurs, conseille la prise de traitement hormonal substitutif qui a l’avantage d’améliorer la qualité de vie et les troubles inhérents à la ménopause. « On s’en doute, les désordres vocaux liés à la ménopause seront tout autant épargnés à la femme à qui on aura proposé un THS. Toutefois la prise d’hormones doit se faire sous contrôle médical, car il existe des contre-indications ». Le traitement n’est pas toujours possible et pas toujours souhaité.
D’autant que les traitements hormonaux de la ménopause font l’objet de discussion sur le risque d’augmentation du cancer du sein notamment.
Les bénéfices du traitement hormonal pour la ménopause
« Les traitements hormonaux de la ménopause (THM) ont été largement prescrits, sur de longues durées à de nombreuses femmes, eu égard à leurs bénéfices. Depuis 1998, plusieurs complications liées à ces traitements ont été mises en évidence et leur prescription a régulièrement diminué dans le monde. En 2003, au vu des résultats des différentes études, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a émis des recommandations restreignant l’usage des THM à des traitements sur de courtes périodes et uniquement en cas de troubles de la ménopause entraînant une altération de la qualité de vie.
Les THM visent à compenser la carence en œstrogènes. Leur efficacité sur les symptômes causés par l’insuffisance en œstrogènes est bien établie car le traitement réduit la fréquence et la sévérité des bouffées de chaleur, améliore la sécheresse vaginale et les troubles de la sexualité et réduit le nombre de fractures osseuses (hanches, poignets et vertèbres).»[4]
Les risques du traitement hormonal pour la ménopause
«En revanche, la prise de ce traitement peut aussi entraîner des conséquences indésirables.
Il est désormais bien démontré que l’administration de THM à base d’œstrogènes seuls augmente de façon significative le risque de cancer de l’endomètre. Ce risque est diminué, voire annulé, en cas de prise d’un progestatif en même temps que ces médicaments.
L’administration de THM à base d’une combinaison d’œstrogènes et de progestatifs entraîne une augmentation du risque de cancer du sein liée à la durée d’utilisation, en particulier après 5 ans de prise du traitement. L’utilisation de progestérone naturelle n’est pas remise en question, contrairement aux progestatifs de synthèse qui ne protègent pas contre le cancer du sein.»
A ce sujet, le docteur Y. Ormezzano ajoute : « Personnellement, je trouve déjà suffisamment de raisons valables pour instituer un THS chez une femme qui n’utilise pas sa voix : il n’y en a donc que plus à le recommander vivement à celles qui pourraient être vocalement pénalisées par la disparition de l’imprégnation hormonale féminine ! Mon expérience personnelle montre que les chanteuses sont plus sensibles à ces arguments que les comédiennes ou les enseignants. Faut-il pour autant prendre ce traitement « à vie » ? En cas d’activité vocale certainement ; au moment où l’on « se retire », les avis divergent encore car le recul n’est pas encore suffisant. »

Rédacteur Docteur A. Arcier, président fondateur de Médecine des arts®
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article édité le 19/07/2017

Voir mes articles sur l’influence hormonale
sur la voix dans « Santé du chanteur »: Boite vocale.

Quels sont les mécanismes par lesquels les gestes respiratoires défectueux peuvent influencer la production vocale ?

Modification de la pression sous-glottique

th[5]Il est admis que les cordes vocales ne peuvent pas vibrer en l’absence de la poussée expiratoire pulmonaire. Le rôle exact de la pression sous-glottique sur la vibration des cordes vocales n’est pas encore entièrement élucidé, mais de nombreuses expériences permettent de penser qu’un équilibre entre tension des cordes vocales et pression sous-glottique est la condition essentielle d’un bon fonctionnement laryngé.

J.-Cl. Lafon a constaté que, lorsqu’on fait une électromyographie des muscles vocaux, les courants d’action diminuent au moment où se fait l’émission vocale alors qu’ils persistent si l’air est dévié vers l’extérieur par l’ouverture de la canule de trachéotomie. Cette expérience peut permettre de penser que l’air a un rôle d’entretien de la vibration et permet en quelque sorte aux muscles vocaux de « se reposer ».
Hennebert a constaté que chez une malade ayant une paralysie des 2 cordes vocales la fréquence du son dépend uniquement de la pression sous-glottique créée par les muscles expiratoires et que, sur une note tenue par exemple, cette fréquence va en décroissant depuis le début de l’émission sonore jusqu’à la fin, au fur et à mesure que la pression baisse. Il en conclut que chez le sujet normal doit jouer un mécanisme où pression sous-glottique et tension des cordes vocales s’équilibrent. Berendes a réalisé de très intéressantes expériences sur le larynx de cadavre. Les aryténoïdes étaient fixés par une aiguille et la trachée réunie à un tuyau en caoutchouc. Il a obtenu une élévation de fréquence par simple augmentation de pression sous-glottique sans changer la tension des cordes vocales. Il en conclut que la fréquence et la forme des vibrations sont produites par le jeu :
D’une part, de la masse et de la tension des cordes vocales ;
D’autre part, des forces aérodynamiques (pression, effet rétro-aspiratoire), que le courant d’air engendre au niveau du larynx. Les dernières expériences de Van den Berg sur le larynx de cadavre ont montré que l’on peut modifier la fréquence par un changement :
soit de la tension des cordes,
soit de leur pression latérale,
soit de la pression sous-glottique
Il est logique d’admettre que, chez le vivant, l’action de ces 3 facteurs joue simultanément, mais d’une façon qui n’est pas encore entièrement précisée. Quoi qu’il en soit, il est bien certain qu’un son de même hauteur peut être émis avec plusieurs combinaisons de ces mécanismes, donc avec des pressions sous-glottiques différentes, mais il est également hors de doute que, dans ces divers cas, ni la sonorité, ni le travail laryngé ne sont identiques.
Des travaux ultérieurs devront préciser les conséquences d’une pression sous-glottique trop forte ou trop faible, due à un effort expiratoire exagéré ou insuffisant, sur la qualité acoustique du son et sur le travail laryngé. Nous voudrions simplement signaler un fait connu depuis longtemps ; une irrégularité de soutien expiratoire, entraînant une pression sous-glottique instable, produit un vibrato d’intensité exagérée, appelé chevrotement.

Ce phénomène que nous avons déjà écrit à propos de la voix parlée se produit d’une façon encore plus fréquente dans le chant et entrave considérablement la production sonore.
Il s’observe surtout chez les sujets qui mettent exagérément en jeu leur musculature supérieure. Les relations de voisinage expliquent aisément les contractions musculaires intempestives du pharynx, du larynx et de ses muscles fixateurs, qui accompagnent le type costal supérieur. L’exemple le plus caractéristique est représenté par le « fort ténor » classique qui gonfle le thorax à l’inspiration et dont l’effort expiratoire s’accompagne de saillie des muscles du cou, de turgescence des jugulaires, d’élévation des épaules, et d’une crispation forte des mâchoires.
On peut le voir aussi, mais plus rarement, chez des sujets dont le type respiratoire est normal mais qui ont essayé de chanter fort dès le début des études vocales. Il faut, en effet, de longues études et un patient entraînement pour arriver à dissocier muscles respiratoires et muscles du cou. Certains sujets doués le font d’instinct ; la plupart, au début de leurs études, « serrent » ou « poussent » dès qu’ils essaient d’augmenter l’intensité vocale.
Cette maîtrise des groupes musculaires, qui est l’un des buts essentiels du chant, ne s’acquiert qu’à la longue ; la sagesse consiste pour le débutant à éviter les efforts expiratoires exagérés difficiles à contrôler.


Texte extrait de : Guy Cornut. Thèse, mécanique de l’appareil respiratoire au cours de la voix parlée et chantée. 1958.

Importance de l’os hyoïde et de la langue pour l’équilibre du corps

 

La mandibule, l’os hyoïde et la langue forment un ensemble essentiel à l’équilibre du corps et à toutes les fonctions vitales de l’individu.

http://isoposturale.com/os-hyoïde-la-langue-la-mandibule/

Le kyste muqueux

Qu’est-ce qu’un kyste muqueux par rétention ?

Il s’agit d’un kyste vrai lié à l’obstruction du canal excréteur d’une glande muqueuse de la corde vocale. Ceux susceptibles d’engendrer un trouble vocal sont le plus souvent situés sous le bord libre des plis vocaux.
Il y a une accumulation de sécrétions mucoïdes à l’intérieur de la glande. Il se caractérise par l’existence d’une voussure jaunâtre sous le bord libre d’une corde vocale. Il s’agit d’un kyste bénin.
Comment se manifeste un kyste muqueux des cordes vocales ?
Le chanteur ou le professionnel de la voix présente une gêne fonctionnelle d’installation rapide, souvent dans un contexte d’inflammation ORL, alors que la voix était normale auparavant.
La voix devient cassée, enrouée, avec une asthénie.
La dysphonie est importante et le forçage majeur pour tenter de maintenir la voix.
Par ailleurs, il existe une fatigabilité vocale et la sensation de timbre voilé prédomine souvent.
Quel est le mécanisme de l’élaboration du kyste muqueux ?

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L’obstruction du canal excréteur fait suite à des phénomènes inflammatoires (trachéite, pharyngite) ou à des microtraumatismes. Parfois, on ne retrouve pas de mécanisme causal.

Comment s’établit le diagnostic ?
Les examens complémentaires permettent de s’assurer du diagnostic. Le kyste déforme la corde vocale qui bombe en surface et sur le bord. L’examen laryngé montre l’existence d’une voussure le plus souvent unilatérale, siégeant au niveau du bord libre d’un pli vocal, ou typiquement sous celui-ci
Quels sont les signes laryngés ?

Examen laryngé

Voussure jaunâtre sous-cordale unilatérale
Augmentation de masse de la corde vocale
Diminution d’amplitude vibratoire
Parfois rigidité complète ou arrêts vibratoires
Fermeture glottique incomplète
Quels sont les signes acoustiques ?

– Abaissement de la tonalité
– Intensité plus faible
– Désonorisations
– Timbre voilé, parfois éraillé

Quel est le traitement du kyste muqueux ?

Devant un kyste muqueux, le traitement est microchirurgical.
Il sera chirurgical accompagné d’une rééducation vocale pré et post-opératoire.
Le traitement est essentiellement microchirurgical. Après ouverture de la muqueuse et de la sous-muqueuse, il existe le risque de laisser une petite adhérence cicatricielle qui limitera le glissement de la muqueuse et altérera le timbre.
Il s’agit d’un kyste vrai en position sous-muqueuse possédant un revêtement épithélial typique des voies respiratoires supérieures (Chalabreysse et coll. 1999)
Le traitement rééducatif interviendra en complément après le repos vocal (Remacle et al., 1999). Il permet de retrouver un bon fonctionnement vocal. S’il persiste une hyperkinésie du fait de la présence du kyste, la rééducation s’attachera également à traiter cette hyperkinésie.

Synonyme : kyste glandulaire ou kyste par rétention des cordes vocales

Médecine des Arts Musique

Les affections de la voix

La voix permet de communiquer, d’exprimer des émotions. La voix chantée prend place au cœur de cette expression. Dans la pratique amateur ou professionnelle, la voix chantée est soumise à des exigences et des contraintes techniques spécifiques qui la rendent plus apte à interpréter les répertoires devant un public mais aussi plus vulnérable. En prendre soin quotidiennement devrait être une évidence pour le chanteur, mais aussi pour tout professionnel de la voix.
Les troubles de la voix sont extrêmement fréquents chez les professionnels de la voix, chanteurs, comédiens, mais aussi enseignants, avocats, orateurs, etc.
Ces troubles ont été décrits dès le début du XVIIe siècle (1603) par Fabrice Fabrice d’Aquapendente (1533-1619), prestigieux maître d’école de médecine de Padoue, maître de l’anatomie dans toute l’Europe dès l’année 1603. Il souligne la relation entre la pathologie de la voix et la pratique professionnelle en décrivant la maladie des prédicateurs. Quelques années plus tard, Ramazzini (1635-1715) va consacrer un chapitre de son ouvrage Des maladies du travail aux « pathologies des chanteurs et des musiciens ».
La dysphonie est un terme générique représentant le symptôme dominant et le signe d’appel pour toute atteinte de la fonction phonatoire (qu’elle soit d’origine laryngée ou extra laryngée).
Afin de mieux représenter les atteintes de la voix chantée, plus récemment a été créé le terme de dysodie pour qualifier de manière plus spécifique les atteintes de la voix chantée.
Plus simplement on peut dire que toute modification de la voix est appelée dans le langage courant dysphonie, voix enrouée, voilée, soufflée, cassée, éraillée, plus grave, plus faible ou plus fatigable. Le chanteur ou le comédien pourra également se plaindre d’une gêne en chantant ou en parlant, d’un inconfort, etc.
C’est la qualité acoustique de la voix qui est altérée, le timbre, la hauteur, l’intensité.
La dysphonie est définie comme une « altération de la voix parlée se caractérisant par une altération de la voix dans sa hauteur, son intensité ou son timbre » (CHEVALIER Dominique (1998), « Dysphonie de l’adulte », Encycl Méd Chir, Encyclopédie Pratique de Médecine, 1-0470, 1998, Paris : Elsevier.)
Cependant, Le Huche et Allali (2010), en donnent cette définition : « la dysphonie est un trouble momentané ou durable de la fonction vocale ressenti comme tel par le sujet lui-même ou son entourage ».( Le Huche, F., Allali, A. (2010). La voix, Tome 2 – Pathologie vocale d’origine fonctionnelle 3e édition. Paris : Masson.)
La dysodie, du grec ôdê = chant. La dysodie représente le trouble de la voix chantée.
Cette définition s’appuie sur la perception subjective de la voix, mais la qualité de la voix se mesure également avec une l’évaluation instrumentale. Ces deux méthodes sont complémentaires et permettent d’évaluer la dysphonie.
L’évaluation perceptive se fait à l’oreille et l’évaluation instrumentale par la mesure des paramètres acoustiques et aérodynamiques du son. L’examen médical clinique et paraclinique vient encore compléter cette évaluation.

L’appareil phonatoire est soumis à de nombreuses influences, aussi les troubles phonatoires peuvent être en relation avec une mauvaise utilisation des organes de la phonation, avec une atteinte directe des cordes vocales et du larynx, mais aussi de l’appareil vocal dans son ensemble – soufflerie et résonateurs. Le corps dans son entier joue un rôle dans la phonation, par le biais de la posture, du statut hormonal, du tonus musculaire.
Le psychisme vient se superposer à cette influence et peut être à l’origine du trouble vocal. Chez Hitchcock, cette pénétration de la sphère psychique dans l’espace vocal est utilisée dans plusieurs films pour caractériser les personnalités psychiques pathologiques. Dans Psychose, Norman Bates interprété par Antony Perkins transforme sa voix, pour n’être plus à la fin du film que la voix de sa mère décédée. Dans Marnie, l’actrice Tippie Hedren qui joue le rôle de Margaret Edgar (surnommée Marnie) retrouve la voix de petite fille pour raconter les sévices qu’elle a vécu dans son enfance.
Ainsi, les émotions jouent un rôle également dans l’expression vocale. L’artiste vocal se retrouve dans ce fameux paradoxe de Diderot mais dans son paroxysme ; son émission vocale est influencée par sa propre histoire, ses conflits psychiques et dans le même temps sa voix doit exprimer l’émotion du personnage qu’il interprète. C’est dire que cette gestion des émotions revêt également une grande importance.
Plusieurs facteurs conditionnent une bonne émission vocale
– des facteurs locaux : cordes vocales régulières, lisses, souples, de bonne mobilité s’affrontant parfaitement lors de la phonation.
– des facteurs généraux : importance du soufflet pulmonaire ou du mode respiratoire, âge, sexe, imprégnation hormonale (hormones sexuelles, thyroïdiennes).
– Les « contrôles » sont essentiels, l’un proprioceptif, l’autre auditif.

Les pathologies de la voix constituent un domaine hétérogène relativement large
On distingue généralement deux grandes familles de troubles, les troubles dysfonctionnels et les affections organiques, mais derrière cette répartition simple les mécanismes physiopathologiques sont souvent imbriqués.
Un geste vocal inapproprié, un surmenage vocal peuvent entraîner une dysphonie dysfonctionnelle. A son tour cette simple dysphonie dysfonctionnelle pourra se compliquer de lésions sur les cordes vocales, c’est-à-dire une atteinte organique acquise.
A l’inverse, une affection de nature organique des cordes vocales peut amener le chanteur ou le comédien à une mauvaise utilisation de l’appareil phonatoire, cette dernière venant compliquer le problème organique initial.
– La dysphonie dysfonctionnelle est une « altération de la fonction vocale entretenue essentiellement par une perturbation du geste vocal » (Le Huche et al., 2001, P.51). ((Le Huche distingue la dysphonie dysfonctionnelle simple en l’absence de lésion organique du larynx de la dysphonie dysfonctionnelle compliquée par une atteinte organique laryngée. Le terme dysfonctionnel attribué à Le Huche doit être préféré à fonctionnel car il traduit mieux l’utilisation défectueuse des moyens vocaux (RONDAL et al., 1999, p. 439).
– La dysphonie d’origine organique congénitale ou acquise, bénigne ou maligne, « implique l’existence d’une lésion de l’appareil phonatoire dont la responsabilité dans le déficit de la fonction vocale apparaît comme prépondérante » Le Huche et al., 2001 (LE HUCHE François, ALLALI André (2001), La voix. Pathologie vocale d’origine fonctionnelle, Tome 2, 2e édition, Collection phoniatrie, Paris : Masson.)
La très grande majorité des artistes de scène (80 %) atteints d’une dysphonie ne présente pas de problème organique, mais ont un problème fonctionnel. Mauvaise utilisation, surmenage vont être responsable des dysfonctions vocales chez le chanteur et le comédien. Le plus souvent il s’agit d’une simple fatigue vocale ou une dysphonie minime qui apparaît en fin de performance et qui rentre dans l’ordre au bout de quelques heures. La persistance dans le temps de la dysphonie est en faveur d’une dysphonie organique.
La santé des artistes est interdisciplicinaire. Envisager les problèmes et difficultés vocales d’un chanteur nécessite le partage de connaissances et des avis croisés entre professeur de chant, orthophoniste, phoniatre, ORL, neurologue, etc.

Institut de Médecine des Arts Musique

Physiologie de l’appareil phonatoire

 

Dents et posture

L’équilibre harmonieux et la détente des muscles du cou, ainsi que la liberté cervicale dépendent aussi d’une excellente santé de notre dentition. Un bon professeur de chant ne pas l’ ignorer si l’élève se plaint de tensions et de douleurs de façon chroniques. Ce qui empêche sa bonne progression. Un problème de dents peut en être à l’origine.

La dentition est souvent sous estimée quant au bien être de notre corps ; mais de plus en plus d’auteurs mettent l’accent sur son importance pour un meilleur quotidien et pour une vie plus confortable et harmonieuse car le corps humain est un tout indissociable et lorsqu’un des chaînons de la chaîne est affecté, c’est toute la chaîne qui perd de son efficacité et ne peut plus fonctionner normalement.

Le disfonctionnement de l’ArticulationTemporo-Mandibulaire peut avoir une cause dentaire (occlusale: anomalie des appuis dentaires) et se manifeste par des craquements unilaréraux ou bilatéraux, des douleurs musculaires au niveau de la mandibule (pouvant déclencher des douleurs cervicales ou dorsales).

Il est indispensable que les deux arcades dentaires viennent en contact avec précision l’une avec l’autre pour prendre un appui parfait l’une sur l’autre:

Il existe de plus en plus de personnes qui souffrent de tensions et de douleurs musculaires dans la région du crâne, du dos, du cou, des épaules, de l’articulation temporo-mandibulaire ( ATM ) ou , et de la face dont elles n’arrivent pas à trouver et à expliquer l’origine. L’explication qu’on leur donne à ce sujet n’est, dans la plupart des cas, pas convaincante.

Ces douleurs et tensions musculaires peuvent être très invalidantes car elles génèrent une fatigue physique et psychique, diminution de la concentration au travail, sommeil perturbé, troubles auditifs, vertiges ou acouphènes.

LES CAUSES DENTAIRES POUVANT ETRE A L’ORIGINE DE CES TENSIONS ET DOULEURS MUSCULAIRES.

Une absence d’occlusion ou une mauvaise répartition des charges occlusales (inocclusion, sous-occlusion, surocclusion) conduit au :
•Bruxisme (grincement des dents ou serrage excessif des mâchoires.) entraînant une usure des dents
•Déplacements dentaires dans l’os alvéolaire (migrations, versions, rotations, égressions),
•Fatigues musculaires (muscles manducateurs contracturés) qui peuvent devenir très douloureuses entrainant des céphalées.
•La Perte de dents qui déstabilise l’occlusion
•Névralgies (causes neurologiques) souvent très difficiles à traiter

Il faut savoir que les muscles participant à l’ouverture et à la fermeture des mâchoires (maxillaires) sont reliés fonctionnellement aux muscles du cou et du dos (colonne vertébrale) donc un déséquilibre à leur niveau se répercute sur les muscles dorsaux et cervicaux.

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Temporo-Mandibulaire (ATM – temporal/mandibule) :

Lésions ou blocages de cette articulation: dans les phases aiguës, il peut y avoir le démarrage d’un torticolis, mal dans un bras et douleurs ligamentaires.

Cette lesion peut causer:

Des adhérances cervicales, ou (et) des 5 premières dorsales, une clavicule trop haute.

Harmonisation de :

1: la mandibule et le temporal,

2: le temporal et l’apophyse ptérygoïde,

Les machoires vont ainsi devenir beaucoup plus souples et permettre des contacts entre les dents comme sur des amortisseurs.

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Le maxillaire :

Le MRP (mouvement respiratoire primaire) est dû à l’émission régulière et par vagues, de liquide céphalo-rachidien (ou LCR) par les plexus choroïdes qui tapissent certaines régions des ventricules

Dans notre corps, il se présente sous la forme d’une vague qui suit les trajets des méridiens médians chinois TOU MO et JENN MO.

Ce qui nécessite une bonne harmonisation des apophyses ptérigoïdes, des palatins, des deux parties du maxillaire.

Isoposturale

Œdème de Reinke des cordes vocales

Oedème de Reinke, qu’est-ce que c’est ?
Pseudo-myxome, laryngite pseudo-myxomateuse, œdème chronique des plis vocaux, dégénérescence polypoïde.
Qu’est-ce qu’un œdème de Reinke ?
L’espace de Reinke est situé dans la corde vocale ; il s’agit d’un espace fait d’un tissu lâche et visqueux, c’est une zone de glissement qui permet à la corde de vibrer correctement.
Il s’agit d’un épaississement muqueux, translucide qui s’étend de la commissure antérieure à l’apophyse vocale. Il est limité et contenu dans l’espace de Reinke. L’épithélium est aminci car distendu par la masse. Si l’œdème est trop volumineux, il déborde le bord libre, pouvant aller jusqu’à obstruer l’orifice glottique.
Quelle est l’origine d’un œdème de Reinke ?
C’est un trouble d’installation chronique et insidieuse.
Il s’agit d’une forme particulière de laryngite chronique en lien avec une consommation excessive du tabac ou d’alcool associée à une laryngopathie fonctionnelle et au malmenage vocal. « Cette laryngite chronique associe selon Cornut [edit Symétrie] une atrophie plus ou moins marquée de la muqueuse des cordes vocales avec un état d’inflammation de surface et œdème du chorium avec accumulation dans l’espace de Reinke d’une substance gélatineuse dite « myxoïde » distendant la muqueuse à la face supérieure ou au niveau du bord libre. »
Il existe plusieurs stades évolutifs de l’œdème de Reinke. La lésion débute par une laryngite exsudative prolongée. Puis l’œdème évolue pour donner le stade I, puis le stade II pour aboutir au type III, véritable ballonnement des cordes vocales. Il s’y associe souvent une cordite vasculaire. Cette évolution est bénigne et n’évolue que rarement en cancer dans 2 ou 3 % des cas.
Le reflux gastro-oesophagien et les allergies, l’hypothyroïdie, des changements hormonaux représentent des facteurs de risque.
Les causes de l’œdème de Reinke
L’étiologie majeure de cette lésion est essentiellement le tabac et l’alcool qui lui sont souvent associés. Les autres facteurs sont le malmenage vocal. Un mauvais état rhinosinusien d’origine infectieuse ou allergique est souvent retrouvé.

Comment se manifeste vocalement l’œdème de Reinke ?
Il se manifeste par une modification de la voix, une dysphonie typique avec chute dans les graves, des aigus difficiles et de nombreux sauts de registre. La voix est aggravée le matin : elle doit se mettre en marche, chauffer.
L’œdème de Reinke apparaît généralement vers 45-50 ans, ou devient gênant à cet âge-là.
La voix est abaissée, les sons étouffés et rauques. On observe un changement de registre. On entend aussi un hemmage et des bruits inspiratoires. Cela donne le timbre typique du fumeur avec une fatigabilité vocale.
Les signes sont peu marqués par ailleurs.
C’est une laryngite chronique caractérisée par une accumulation de mucus au niveau des cordes vocales du larynx.
Altérations acoustiques
La voix est tout à fait caractéristique. Le timbre est « gras », vibrant, abaissé » (Brin et al., 2004), éraillé. L’abaissement de la hauteur tonale est particulièrement significatif chez la femme.
Quels sont les examens complémentaires ?
Examen au miroir : on voit un œdème des deux cordes vocales qui les rend asymétriques. Il atteint la face supérieure des cordes, au niveau des 2/3 antérieurs.
Stroboscopie : les cordes vocales sont alourdies par l’œdème de l’espace de Reinke,
En phonation : les ondulations du bord libre des plis vocaux dues aux masses oedémateuses sont bien mises en évidence. On observe des « phénomènes ondulatoires amples, asymétriques et des décalages de phases d’un côté par rapport à l’autre » (Le Huche et al., 2001, p. 96).
Signes laryngés : irrégularités vibratoires dues à la mobilisation anarchique des franges oedémateuses.
La fermeture glottique est souvent incomplète.
A l’examen vidéo-stroboscopique, la glotte est difficilement reconnaissable car la muqueuse est boursouflée avec un aspect en vessie natatoire. Les cordes vocales alourdies vibrent moins bien en phonation.

Le traitement pose un problème de fond pour le patient acteur ou chanteur et pour le thérapeute. Le traitement va modifier la voix en la corrigeant certes par rapport aux notions habituelles de normalité, mais cette modification peut avoir des conséquences sur la couleur vocale, sur le timbre, la hauteur vocale et donc sur l’activité de l’artiste.
Le thérapeute se trouve dans la situation, d’une part, de protéger la personne vis-à-vis des risques d’une évolution défavorable de l’œdème de Reinke, et d’autre part, de l’intoxication tabagique et ses effets particulièrement délétères sur la santé.
Dans ces situations, l’information doit être précise afin que la décision de l’artiste soit éclairée.
Le traitement médical repose sur l’arrêt des toxiques, tabac et alcool, et du mésusage vocal éventuellement, forçage vocal par exemple.
Le traitement chirurgical peut s’imposer par exemple si le pseudo-myxome est important et entraîne une gêne significative et plus encore s’il obstrue l’orifice glottique.
Pour Benzaquen, « au niveau de la voix, cela donne le timbre typique du fumeur, rauque, grave, parfois sensuel, parfois tellement chargé de mucosités.
En soi on peut vivre avec, certains même le recherchent afin de garder un timbre grave et rocailleux. On a même vu des gens fumer après avoir été fraichement opérés ! Ils trouvaient leur timbre de voix insupportable et ne leur ressemblant plus. La muqueuse a alors vite fait de reproduire sa pathologie.»
Pour J. Abitbol : « En effet, si l’opération est réussie, la voix sera féminisée. Le caractère viril accentué sera diminué pour l’homme. Cela peut être un handicap dans des carrières de comédiens où la voix est typée ou encore où la voix est un élément servant à convaincre, comme au barreau par exemple. On cite ainsi l’exemple caricatural de l’avocate à laquelle l’intervention avait rendu une voix excellente, mais tout à fait féminine qui n’impressionnait plus guère dans les tribunaux. L’avocate s’était aussitôt remise à fumer plusieurs paquets de cigarettes par jour pour retrouver son timbre ancien, plus grave et par le fait même plus impressionnant.
Outre la dysphonie, les autres indications opératoires sont les oedèmes de Reinke de type III induisant une gêne respiratoire, voire une asphyxie.
Le traitement médical isolé ne s’adresse qu’aux formes mineures, en fait essentiellement à la laryngite exsudative prolongée avant l’apparition de la fibrose. L’arrêt du tabac est absolument nécessaire.»
L’orthophonie est souhaitable en cas de malmenage vocal. On traitera les affections des VADS, qu’elles soient allergiques ou infectieuses (antibiothérapie, corticothérapie, vaccinothérapie, crenothérapie).
Après une intervention, la rééducation orthophonique s’impose après une période de repos vocal. Une voix satisfaisante réapparaît en général après trois semaines à un mois.

Rédacteur Docteur Arcier, président fondateur de Médecine des arts

Diplôme Européen Médecine des Arts Musique 2018

deepdip

Heureuse!

Formateurs: Mme Isabelle Campion et Mr. Philippe Chamagne (Kinésithérapeute spécialisé dans la rééducation du musicien); Mme Elisabeth Fresnel (Anatomie et physiologie de l’appareil vocal); Mr. Raphaël Sikorski (La voix chantée); Mme Evelyne Shapira (Pédagogie du souffle phonatoire); Mme Maryvonne Fournier (Physiologie de la langue), Technique Alexander et Feldenkrais …

Des maladies des maîtres de musique, des chanteurs

 

Des maladies des maîtres de musique, des chanteurs

Ramazzini est le premier médecin qui en 1700 a traité de la santé des artistes dans un de ses ouvrages. Le chapitre 37 est ainsi intitulé, « Des maladies qui attaquent les maîtres de musique, les chanteurs, et tous ceux en général qui exercent leur voix ».
Ce texte n’avait pas été édité depuis sa première traduction à la fin du XVIIIe siècle. Les Editions Alexitère en respectant le style de l’époque tout en l’adaptant à une lecture actuelle ont réédité cet ouvrage. L’ouvrage est remarquable, excellemment écrit.
Ramazzini

Des maladies du travail

Préface de la réédition française de cette ouvrage par Bernard Kouchner

Merveilleux ouvrage que ce « De morbis artificum diatriba » traduit et commenté par De Fourcroy, et belle jeunesse d’un livre qui fêtera bientôt ses trois siècles ! L’auteur, Bernardino Ramazzini, médecin italien de talent et de verve, décrit dans la langue savoureuse de son siècle, avec un exceptionnel talent d’observation, les causes professionnelles des maux qui mutilent les artisans de différentes corporations de son époque. Voilà de l’humanitaire et du social avant que la mode n’en vienne.
Ramazzini est un homme curieux et précis. Citant dans sa préface Hippocrate, « il faut demander au malade ce qu’il sent, quelle en est la cause, depuis combien de jours », il écrit : « Mais qu’à ces questions il me soit permis d’ajouter : et quel métier fait-il ? Suivent cinquante-deux chapitres où les différents métiers et leurs nuisances sont étudiés. Humanitaire, l’auteur était également écologiste.
Il préconise le lavage des mains chez les sage-femmes, bien avant Semmelweiss. Il remarque que les artisans qui manipulent les grains parasités présentent des manifestations asthmatiformes. L’intoxication au mercure est détectée et décrite chez les mineurs, les doreurs ou chez les médecins qui administrent les frictions mercurielles, ainsi que chez les miroitiers : « A Venise dans l’île de Murano… ces malheureux se voient à regret et dans leurs ouvrages se peint leur malheur ».
Toutes les professions sont de la sorte disséquées par cet observateur à la fois sociologue, journaliste et médecin, des « maîtres de musique » à ceux qui « vont à cheval », des « confiseurs » aux aiguiseurs de rasoirs ». Le temps est passé sans dommage sur ces observations : tout cela se lit avec plaisir, l’ouvrage émaillé de traits d’humour est loin d’être rébarbatif. Evoquant le chirurgien Berengarius : « Ce dernier gagne avec ses frictions mercurielles plus de 500000 ducats d’or ; on peut donc dire avec vérité que Berengarius sait beaucoup mieux que les alchimistes transformer le mercure en or ». Identifiant les victimes et désignant avec sagacité leurs bourreaux, Ramazzini était largement en avance sur son temps. Il faisait preuve d’un grand courage à bousculer ainsi les idées reçues. On peut sans guère se tromper le tenir comme un précurseur sinon le père de la médecine du travail moderne. Ce n’est pas rien : défendre la victime en l’an 1700 est œuvre révolutionnaire au sens noble du terme. Il n’a d’ailleurs pas été parfaitement entendu. Il faut également féliciter les hommes qui ont exhumé et édité ce texte important dans l’histoire des idées.
Voilà un des ancêtres de l’action humanitaires qui se retrouve enfin à l’honneur. Une injustice est réparée. La précoce avancée de Ramazzini s’inscrivait et s’inscrit encore dans cette valeur moderne qui nous paraît universellement exportable, la plus révolutionnaire et la plus nouvelle : les droits de l’homme.

Bernard Kouchner

En réfléchissant sur le grand nombre d’avantages que les arts ont produits à l’homme, on serait d’abord tenté de croire qu’il ne manque plus rien à son bonheur, qu’il jouit en paix de tous les biens, qu’il change à son gré les productions de la Nature, et qu’il est le maître de tout ce qui l’environne. De là des génies enthousiastes ont célébré sa puissance et, non content de la constituer Roi de la terre qu’il habite, ils ont osé même le comparer aux dieux. L’homme, ont-il dit, a mesuré le ciel et les mondes qui y sont dispersés ; il a changé la surface de son globe ; il a pénétré dans ses profondeurs ; il en a tiré les richesses les plus précieuses. Son génie ne s’est pas borné là. Parmi le grand nombre d’individus qui vivent avec lui soit fixés à la terre sous le nom de végétaux, soit jouissant comme lui de la locomobilité, il a distingué avec exactitude l’utile du dangereux, le poison de l’aliment ; et son adresse suppléant à sa force, il a terrassé ces animaux furieux que la Nature semble avoir armés contre lui.
Mais qu’un examen réfléchi trouve cet éloge outré ! Que de maux ne voit pas le philosophe dans la source même de tous ces biens prétendus ! En effet, ces hommes qui arrachent à la terre des métaux qu’elle recèle, ne périssent-ils pas souvent sur l’or qu’ils retirent ; les flots tumultueux ne servent-ils pas de tombeau à plusieurs de ceux qui les bravent ? Ces astres dont l’homme a mesuré le cours, ne dessèchent-ils pas ses moissons par leurs mauvaises influences ; ce globe dont il a sillonné légèrement la surface ne s’entrouvre-t-il pas souvent, et n’enfouit-il pas des villes entières dans ses profondeurs ? Les serpents que les naturalistes ont décrits et disséqués, les végétaux dont ils connaissent la forme, l’organisation même et l’économie, n’ulcèrent-ils pas leurs entrailles, ne portent-ils pas dans leurs fluides des principes coagulants et délétères, n’attaquent-ils pas même quelquefois la vie dans son foyer ? Enfin, le fusil qui terrasse les bêtes fauves ne sert-ils pas à se détruire mutuellement et n’a-t-on pas milles exemples qu’il n’épargne pas même le chasseur imprudent ?
A cette réponse, que deviennent ces titres pompeux de Roi de la terre et des animaux prodigués à l’homme avec tant de complaisance ? A quoi sont réduits sa puissance et son génie ? N’est-on pas forcé de convenir, de bonne foi, que la somme des maux qui l’accablent égale au moins celle des biens dont il jouit, si elle ne la surpasse, et les éloges qu’on lui a prodigués ne doivent-ils pas se changer en lamentations sur son sort ? Telle est donc la malheureuse condition de l’homme que pour se procurer les biens dont il a besoin dans l’ordre de la société, il s’expose aux plus grands maux. En effet, outre les maladies que sa faible constitution, ses fautes dans le régime, l’air même qu’il est obligé de respirer, lui causent, il en est une classe inévitable encore et plus meurtrière, parce que la cause qui leur donne naissance agit sans cesse sur lui. Ce sont les maladies auxquelles les arts exposent ceux qui les exercent. On ne peut douter de l’existence de ces maladies particulières, et les malheureuses victimes ne sont que trop fréquentes, dans nos grandes villes surtout, où le luxe est porté à son comble…

De Fourcroy

Il y a dans la société des hommes assez mal intentionnés pour accuser la Nature, cette mère bienfaisante de tous les êtres, de n’avoir pas veillé sur l’espèce humaine avec assez de prudence et de circonspection, et de n’avoir pas prévu tous les dangers auxquels l’homme est exposé par les circonstances de sa vie. Ce reproche se trouve dans des livres, et est souvent répété dans la conversation. Cependant la plus injuste querelle qu’on lui suscite à ce sujet et qui lui fait donner si mal à propos le titre de marâtre, c’est d’avoir forcé l’homme à pourvoir chaque jour à l’entretien et à la conservation de sa vie, qui, sans ce secours, serait bientôt détruite. En effet le genre humain, délivré de cette nécessité, ne connaîtrait aucune loi et ce monde que nous habitons changerait bientôt de face. Aussi Perse n’a-t-il pas regardé la main comme la plus industrieuse des parties corps, et a-t-il si ingénieusement appelé l’estomac le maître des Arts (Magister artis, ingeniique largitor Venter).
Ne serait-il donc pas permis d’assurer que cette nécessité, qui donne aux animaux, même les moins raisonnables, un instinct presque ingénieux, a fait naître tous les arts, soit mécaniques, soit libéraux, qui malheureusement sont altérés par quelques maux, ainsi que tous les biens dont l’homme jouit ? En effet, ne sommes-nous pas forcés de convenir que plusieurs arts sont une source de maux pour ceux qui les exercent et que les malheureux artisans trouvant les maladies les plus graves où ils espéraient puiser le soutien de leur vie et de celle de leur famille, meurent en détestant leur ingrate profession ? Ayant eu dans ma pratique de fréquentes occasions d’observer ce malheur, je me suis appliqué, autant qu’il a été en moi, à écrire sur les maladies des artisans. Mais comme dans les ouvrages de ces derniers, si un d’entre eux a trouvé quelque chose de nouveau, cette découverte est d’abord très imparfaite et demande à être perfectionnée par le travail de ses confrères, un ouvrage de littérature est absolument dans le même cas. Mon traité doit donc subir le même sort pour plusieurs raisons, mais principalement parce qu’il contient quelque chose de neuf. Le champ que je défriche n’a été parcouru par personne que je sache et il promet une moisson intéressante d’observations sur la subtilité et l’énergie des effluves de différentes substances. Cet ouvrage, tout imparfait qu’il est, servira, j’espère, d’aiguillon aux autres médecins, et leur secours contribuera à en faire un traité complet sur cette matière, qui méritera une place dans les fastes de la médecine. La condition malheureuse de ces artisans respectables, dont les travaux, quoique vils et méprisables en apparence, sont si nécessaires et si avantageux pour le bien de la république, n’exige-t-elle pas ce service, et n’est-ce pas une dette qu’a contractée envers eux cet art, le premier de tous, qui comme l’a dit Hippocrate dans ses préceptes, donne ses secours sans intérêts et s’occupe aussi bien des pauvres que des riches ?
Pour peu qu’on réfléchisse aux avantages que les arts mécaniques ont apportés à la société, on voit d’un coup d’œil l’énorme distance qu’il y a, à cet égard, entre les nations européennes et ces barbares de l’Amérique et des autres pays reculés. C’est sans doute d’après une pareille réflexion, que ceux qui ont bâti des villes et posé les fondements des royaumes ont eu le plus grand soin des ouvriers qui les habitaient, comme nous l’apprenons dans les fastes de l’histoire. Ces grands hommes ont établi des collèges ou communautés d’artisans. Ainsi Numa Pompilius, au rapport de Plutarque, s’acquit la gloire la plus solide pour avoir réuni dans des corps différents les architectes, les joueurs de flûte, les doreurs, les teinturiers, les tailleurs, les corroyeurs, les ouvriers en cuivre, et les potiers de terre, etc. Tite-Live nous apprend qu’Appius Claudius et Publius Servilius consuls ont institué un Collège de Mercuriaux, ou communautés de marchands appelées Mercuriaux parce que Mercure était, chez eux, le dieu du commerce, comme Vulcain et Minerve occupés au travail des mains étaient, suivant Platon (De legibus), les dieux des ouvriers. Sigonius (De Jure antiquo Romanorum) et Guidus Pancirolus (De notitia utriusque Imperii) nous ont appris les droits et les privilèges accordés à ces communautés d’artisans. Ils étaient admis à donner leurs suffrages et promus aux dignités, et par conséquent, suivant la remarque de Sigonius, ils étaient comptés parmi les citoyens de Rome. Dans les Pandectes et dans les Codes, il est fait mention des matelots et des artisans ; et Jules César (L. 1. Ff. Quod cujuscumque Universitatis nomine, vel contra eam agatur) après avoir donné la liste des Collèges des ouvriers, de leurs droits et de leurs privilèges, dit qu’il leur était permis, comme à une espèce de république, de négocier par soi-même, de se choisir des députés et de se faire des lois, pourvu toutefois qu’elles ne fussent pas contraires aux lois publiques, ainsi que le rapporte Paulus (In L. Cum senatus. Ff. De rebus dubiis.). L’empereur Vespasien, si l’on en croit Suétone, a entretenu et protégé les arts tant libéraux que mécaniques, a pris soin de faire travailler assidûment et d’augmenter ainsi le gain des plus vils ouvriers. Un jour, un architecte lui ayant exposé qu’il pourrait faire conduire au Capitole une masse énorme à très peu de frais, il lui répondit : « Laissez-moi nourrir mon peuple ».
Donc puisque dans les villes bien établies, on a toujours fait et on fait encore des lois pour le bien-être des artisans, il est bien juste que la médecine concoure aussi au soulagement de ces hommes dont la jurisprudence fait tant de cas, et qu’animée par le zèle qui lui est particulier et qui jusqu’à présent ne s’est point encore montré à l’égard des ouvriers, elle veille à leur santé, et fasse en sorte qu’ils puissent exercer avec plus de sûreté et moins de crainte l’art que chacun d’eux professe. J’ai employé, à cet effet, tout l’effort dont je suis capable et je n’ai pas dédaigné de visiter quelquefois les boutiques et les ateliers les plus vils, pour y observer avec soin tous les moyens usités dans les arts mécaniques : j’ai cru qu’un pareil travail ne serait pas inutile dans un temps où la médecine est réduite presque toute entière à la mécanique, et où les écoles ne retentissent que de l’automatisme.
J’espère toutefois trouver grâce auprès de nos célèbres professeurs, s’ils veulent bien réfléchir que dans une seule ville, ou dans un seul pays, tous les arts ne sont point mis en pratique, et que chaque lieu a les siens propres qui peuvent donner naissance à différentes maladies. Je ne me suis attaché en parcourant les boutiques des ouvriers (qui sont, à cet égard, la seule école où on peut s’instruire), qu’à décrire ce qui peut intéresser les curieux et surtout fournir des moyens de guérir ou de prévenir les maladies qui attaquent les artisans. Je conseille donc au médecin qui visite un malade du peuple de ne point lui tâter le pouls aussitôt qu’il est entré, comme on a coutume de faire sans même avoir égard à la condition du malade, et de ne point déterminer presqu’en passant ce qu’il a à faire en se jouant ainsi de la vie d’un homme, mais plutôt de se croire un véritable juge, et de s’asseoir quelque temps sur un simple banc comme sur un fauteuil doré, et là, d’un air affable, d’interroger le malade sur tout ce qu’exigent et les préceptes de son art et les devoirs de son cœur. Il y a beaucoup de choses qu’un médecin doit savoir, soit du malade, soit des assistants ; écoutons Hippocrate sur ce précepte : « Quand vous serez auprès du malade, il faut lui demander ce qu’il sent, quelle en est la cause, depuis combien de jours, s’il a le ventre relâché, quels sont les aliments dont il a fait usage ». Telles sont ses propres paroles ; mais qu’à ces questions il me soit permis d’ajouter la suivante : quel est le métier du malade ? (Liceat quoque interrogationem hanc adjicere : et quam artem exerceat ?). En effet, quoique cette demande puisse se rapporter aux causes occasionnelles, elle me paraît néanmoins à propos et même nécessaire à faire à un malade du peuple. Cependant je remarque ou qu’on l’oublie assez souvent dans la pratique, ou que le médecin, qui sait d’ailleurs la profession du malade, n’y fait pas assez attention, quoiqu’elle soit capable d’influer pour beaucoup sur le succès de sa cure. C’est dans ces vues et pour contribuer au bien de la république et au soulagement des artisans, que j’offre mon traité au public. Je prie le lecteur de le recevoir avec bonté et d’en excuser les fautes en faveur du sujet.
Ramazzini

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