Les choristes harmonisent leur respiration et rythme cardiaque

Choristes et rythme cardiaque

Systèmes cardiaque et respiratoire sont intimement liés. Ils ont une influence réciproque, avec des effets dont un a été décrit sous l’appellation d’« arythmie sinusale respiratoire ».

Arythmie sinusale respiratoire et cohérence cardiaque

L’ASR (arythmie sinusale respiratoire) est la variation de la fréquence cardiaque influencée par la respiration normale. L’inspiration entraîne une levée temporaire de l’influence parasympathique sur la fréquence cardiaque, provoquant une accélération du rythme cardiaque. À l’opposé, l’expiration stimule l’influence parasympathique sur la fréquence cardiaque, provoquant une diminution de celle-ci.
Si le rythme cardiaque est globalement régulier, il existe une variabilité quasiment imperceptible en situation de base, le rythme s’accélère à l’inspiration et décélère à l’expiration. L’écart entre les battements varie faiblement mais de manière cohérente en situation normale, d’où l’appellation de « cohérence cardiaque » créée pour désigner les techniques qui visent à installer cette cohérence cardiaque de manière volontaire.
Cette variabilité cardiaque peut être plus « chaotique » dans certaines situations, c’est le cas lors d’émotions subites, comme la colère, ou la peur, mais aussi en situation de stress, de trac, d’anxiété de performance où le système sympathique est hypersollicité.
Le système neuro-végétatif comprenant le système ortho et para sympathique joue un rôle essentiel sur le plan émotionnel. En fonction de la situation environnementale ou/et du « paysage intérieur du sujet, ce système est activé afin d’apporter une réponse adaptative pour préserver « l’équilibre intérieur » sur le plan physiologique. Le système sympathique est en général stimulé dans les situations de stress, d’anxiété de performance. L’exposition scénique pour un musicien, danseur, chanteur sollicite ce système et induit un cortège de symptômes tels que l’accélération du rythme cardiaque, respiratoire, et un emballement cognitif et émotionnel. Ces perturbations du système neuro-végétatif sont responsables d’une variabilité cardiaque chaotique.

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Une meilleure gestion de l’équilibre neuro-végétatif est à même de permettre à l’artiste de faire face de manière optimale au stress scénique. C’est l’objet de nombreuses techniques relaxantes, des thérapies cognitives. Dans une situation de bien-être, de quiétude, la fréquence cardiaque redevient cohérente.
Si la respiration maîtrisée, « calme », joue un rôle d’induction de la cohérence cardiaque, apprendre à contrôler son rythme respiratoire pourrait donc permettre de retrouver cette cohérence lorsque celle-ci est perturbée, et par ce moyen simple d’induire un contrôle sur les conséquences émotionnelles déclenchées par l’excitation du système sympathique, telle que le trac, la peur etc.

Respirer

Une respiration lente, régulière et guidée, se situant aux alentours de 6 cycles respiratoires par minute chez la majorité des adultes, va produire l’effet Vaschillo consistant à mettre en résonance les variations dues à la respiration (hautes fréquences) avec les variations dues à l’activité baroréflexe (basses fréquences). [1].
Plus récemment des chercheurs ont tenté de mettre au point des matériels qui permettent par des techniques de biofeedback de visualiser ce principe de variabilité cardiaque et d’apprendre ainsi à mieux contrôler leur respiration et ses effets sur la cohérence cardiaque en les visualisant sur un écran. De nombreux outils ont été mis sur le marché, ayant pour principe selon le terme commercial aujourd’hui consacré « principe de cohérence cardiaque ».
Ces systèmes de biofeedback reproduisent tout simplement ce qu’un entraînement régulier du contrôle respiratoire obtient sans avoir recours à un appareillage. L’essentiel pour y parvenir est un travail quasi quotidien pour obtenir un résultat reproductible facilement et dans des conditions diverses.
L’objectif est de retrouver une flexibilité du système nerveux autonome et d’obtenir une réduction rapide des états émotionnels indésirables comme le stress, le trac, l’anxiété.
Dernièrement le Daily Telegraph titrait un de ses articles : « Chanter dans une chorale est aussi bon pour vous que faire du yoga » [2]. En effet, rien de tel que de chanter dans une chorale pour obtenir une « cohérence cardiaque naturellement ».
Le chant choral a fait l’objet de nombreuses études montrant qu’il favorise le bien-être et a des effets relaxants. Une équipe scientifique [3] a étudié plus attentivement les techniques respiratoires de ces chanteurs. Il faisait l’hypothèse que cet effet pourrait être en relation avec le fait que le chant choral exige un rythme respiratoire plus lent que la respiration normale, ce qui aurait pour conséquence de modifier le rythme cardiaque en le rendant plus « cohérent ».

La première expérience reposait sur 3 exercices qui étaient demandés à un groupe de choristes :
1. Fredonner un son et respirer uniquement lorsque le besoin était ressenti (c’est considéré comme une pratique où le chant et la respiration ne sont pas coordonnées)
2. Chanter un air librement, sans guider la respiration (c’est considéré comme une pratique où le chant et la respiration sont coordonnées)
3. Chanter un mantra lentement (phonème répétitif) et respirer uniquement entre les phrases.
La deuxième expérience visait à examiner comment la structure des airs chantés, de la respiration et du rythme cardiaque sont connectés. La fréquence cardiaque était enregistrée en continue lors de l’expérience. L’appareillage permettait d’enregistrer la fréquence de l’ensemble des participants choristes en même temps.

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Les chanteurs dans les chœurs harmonisent leur voix et leur rythme cardiaque

Les choristes étudiés, issus de 15 chorales différentes ont un rythme cardiaque qui s’accélère ou ralentit à la même vitesse. Les choristes lors du chant inspirent, retiennent leur souffle et expirent au même moment. Les choristes coordonnent leur respiration sur le même tempo.
Rien d’étonnant à cela si on veut chanter en chœur, mais la surprise vient du fait que « la pulsation cardiaque s’harmonisait également ». « La pulsation s’accélère quand vous expirez et ralentit quand vous inspirez », explique le Dr Bjorn Vickhoff avant d’ajouter que « lorsque vous chantez des phrases musicales, vous respirez différemment. Vous expirez sur les phrases et inspirez entre les phrases, quand vous expirez, le cœur ralentit ».
« Quand vous soufflez, vous activez le nerf vague (le nerf parasympathique) qui du tronc cérébral innerve de nombreux organes dont le cœur. Quand celui-ci est activé, le cœur ralentit », explique le Docteur Vickhoff, qui a dirigé cette étude. Une bonne relation entre VRC (Variabilité du Rythme Cardiaque) et la respiration a mentalement et physiquement des effets relaxants. Cela aurait un effet biologique apaisant et bénéfique pour le système cardio-vasculaire avec un effet antistress équivalent aux techniques relaxantes comme le yoga, la méditation, la relaxation.
L’effet est plus significatif lorsque le morceau est structuré en parties différentes, les rythmes s’harmonisent d’autant. L’effet est plus net encore lorsque le morceau choisi repose sur un rythme lent. Un des objectifs d’un chœur, c’est d’être une unité qui chante ensemble. Désormais on sait que cette volonté de résonner à l’unisson a un écho biologique, celui de faire battre le cœur du choriste également à l’unisson de ses partenaires.
« Nous savions déjà que le chant choral synchronise les mouvements musculaires des chanteurs et des activités neuronales dans de grandes parties du corps. Maintenant, nous savons aussi que cela s’applique au cœur, dans une large mesure, commente le docteur Vickhoff. A travers le chant, nous pouvons exercer un certain contrôle sur les états mentaux. »

Pour dire les choses plus simplement, lorsque plusieurs personnes chantent à l’unisson, leurs battements cardiaques se synchronisent. Le chant choral permettrait une synchronisation de la fréquence cardiaque avec la respiration (nommé arythmie sinusale respiratoire) et d’obtenir une cohérence cardiaque finalement collective qui expliquerait les effets de bien-être de cette pratique artistique.
Le Daily Telegraph rapportait dans son article sur le sujet : « Le chant pourrait donner un coup de pouce à la santé en obligeant les participants à adopter une respiration calme et régulière, qui à son tour régule le rythme cardiaque ».

Article Médecine des Arts Musique

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